Visite d’un château de nacre

Coquille d'escargot / © Benoît Perrotin

Surgi du fond des âges et de sa coquille, l'escargot perçoit le monde à travers quatre tentacules. Portrait d'un petit monstre attachant.

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L'escargot est lent et son corps tout mou. Heureuse­ment, la nature a offert à cet animal vulnérable une solide maison qu'il transporte partout avec lui. Non sans mérite d'ailleurs, puisqu’elle peut représenter plus de 35 % de son poids. Mais cette coquille a un immense avantage par rapport à l'armure articulée des insectes ou des crustacés. Pour grandir, ceux-ci doivent régulièrement muer en se débarrassant de leur vieille peau. L'escargot n'a pas besoin de ces transitions dangereuses. Il épaissit et agrandit simplement sa coquille en continu. Grâce à sa forme spiralée, celle-ci suit élégamment la croissance de son propriétaire dans des proportions qui obéissent au fameux nombre d'or.
Et où le mollusque trouve-t-il le calcium nécessaire à ce chantier perpétuel ? Dans les plantes dont il se nourrit, voire en raclant la roche avec sa langue abrasive. Puis il stocke ce calcium dans des cellules spécialisées et surtout dans son sang. Il doit en effet avoir des réserves immédiatement disponibles au cas où un accident nécessiterait une réparation d'urgence. Sinon, c'est la mort assurée.
Sa coquille protège l'escargot de nombreux prédateurs… mais ce n'est pas tout. Il s'y réfugie quand il fait trop froid, trop chaud ou trop sec. Et puis, c'est un squelette qui soutient ses viscères. D'ailleurs, tous ses muscles s'ancrent contre la columelle, l'axe central de cette spirale géniale.

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La coquille de l'escargot est faite de cristaux de carbonate de calcium entrelacés de longues protéines fibreuses. Ce matériau hyperrésistant est sécrété par le manteau, une sorte de gros bonnet qui emballe tous ses viscères. L'extérieur de la coquille est tapissé par une couche de protéines, comme un vernis brillant qui protège le calcaire de la corrosion et le rend étanche.

Les escargots sont presque toujours droitiers avec une spirale qui s'enroule dans le sens des aiguilles d'une montre. Vue de côté, l'ouverture se trouve en bas à droite. On dit que ces coquilles sont dextres. Les individus gauchers à spirale sénestre sont extrêmement rares. Les collectionneurs se les arrachent à prix d'or. Quelques excentriques comme la physe des fontaines (> p. 43) font exception. Leur plan de base est sénestre. Dans ce cas, ce sont les droitiers qui sont rarissimes.

La croissance de la coquille n'est pas continue. Elle s'arrête lorsque l'escargot se met sur pause en été ou en hiver… et reprend dès que l'animal se réveille. Chacune de ces longues siestes laisse une cicatrice visible sur la coquille. Finalement, quand il devient adulte, le colimaçon et sa maison cessent de grandir.

Point de cornes ! Les quatre appendices télescopiques de l'escargot sont de vrais tentacules qui rappellent la parenté du mollusque avec les pieuvres. Les deux tentacules les plus longs – ceux d'en haut – se terminent chacun par un petit œil noir terriblement myope. A vrai dire, les formes ne lui apparaissent qu'à moins d'un centimètre. Autrement, il ne distingue guère qu'ombres et lumière. Pas grave ! Grâce à deux récepteurs olfactifs cachés juste sous chaque œil, invisibles mais hyperpuissants, l'escargot repère sa nourriture à distance et en pleine nuit. Les parfums lui parviennent en stéréo grâce à l'écartement des deux appendices.Quant aux périscopes du bas, plus courts et généralement orientés contre terre, ils flairent en permanence la surface du sol. Ce sont eux qui lui permettront de remonter la trace d'un futur partenaire.

La peau de l'escargot est si fine qu'il peut boire et respirer à travers elle. Elle produit aussi un mucus aux propriétés extraordinaires qu'on appelle très injustement une bave. C'est plutôt un enduit multifonctions qui protège le gastéropode des infections de toutes sortes, qui freine sa déshydratation, qui lui permet de se déplacer et qui peut même mousser pour engluer un éventuel prédateur. Repéré par l'industrie pharmaceutique, ce cocktail aux propriétés antirides et cicatrisantes est d'ailleurs disponible en onguent ou en sirop. Qu'on se le dise !

L'unique grand pied de l'escargot est un puissant muscle fouisseur et locomoteur. Des farceurs ont réussi à faire tirer un chariot de 4 kg à un escargot de Bourgogne. Toutes proportions gardées, c'est comme si nous traînions derrière nous une charge de 16 tonnes.

Couverture de La Salamandre n°221

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 221
Avril - Mai 2014
Article N° complet

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