Salut vieux mur  !

« 20 mars 2014 - Angers. Rue de la Maître Ecole, matin » / © Olivier Loir

Après un sommeil de plusieurs mois, le mur en pierres sèches s’anime sous la chaleur du soleil printanier. Exploration d’une falaise miniature.

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Fraîcheur matinale. Une lumière rasante dessine le contour édenté d’un vieux mur. Sa silhouette fatiguée serpente entre verger et friche avant de s’adosser à un cabanon. Simple empilement de caillasse abandonné à son sort depuis belle lurette? Plus que cela, le mur de pierres sèches témoigne d’une époque où le vivant trouvait naturellement sa place dans le bâti. Un savoir-vivre et un savoir-faire qui ont heureusement de nouveau le vent en poupe.
Avec le soleil qui monte, les détails du mur se précisent de minute en minute. Les pierres sont agencées selon un équilibre subtil qui se passe de mortier. Elles portent le passage des saisons et des années, les marques de la vie. Celle-ci s’accroche et chemine entre les anfractuosités pour se marier intimement au monde minéral. Les blocs en équilibre tiennent bon. Le mur pourra vivre une fois de plus l’arrivée du printemps et le réveil foisonnant de tous ses habitants.

Un rayon de soleil inonde la mini-paroi rocheuse. Quelques punaises et coléoptères matinaux s’aventurent hors de leur cachette. Ils avancent mollement sur le tapis de mousse au sommet du mur et s’immobilisent en attendant que leurs élytres se réchauffent.

Ils n’intéressent pas encore le lézard des murailles, lui aussi occupé à se dorer la pilule. Le reptile expose son corps transi de froid, mais il est prêt au moindre mouvement suspect à se réfugier dans le ventre du mur. Les plus jeunes ont déjà quitté leur promontoire ensoleillé pour rendre visite aux femelles ou pour se poursuivre énergiquement.

Pendant ce temps, côté ombre, l’autre face du mur est encore plongée dans une ambiance fraîche et dégoulinante. Une limace léopard a entrepris l’ascension de la face nord trempée par les pluies de la veille. Elle croise en chemin des escargots qui s’enlacent longuement.

© Olivier Loir

Le soleil est au zénith. Il fait briller les gendarmes agglutinés sur un matelas de mousse. Loin de vouloir faire régner l’ordre, ces punaises rouge et noir ne font que prendre le soleil. Certaines semblent collées par l’extrémité de leur abdomen. Elles s’accouplent en se promenant comme si de rien n’était.

Juste après sa construction, le mur était presque stérile. Il a fallu du temps pour que le vent et la pluie y amènent de la vie. Les mousses figurent parmi les pionnières. Mais contre ce désert minéral, mieux vaut rester groupées en coussinets pour conserver un peu d’humidité. Les lichens non plus ne craignent pas le soleil. Des pigments colorés les protègent contre les rayons ultraviolets. Bientôt, quelques fougères spécialisées s’accrochent à la pierre. Puis, au fil du temps, la matière organique s’accumule dans les interstices. Une fine couche de sol peut dès lors accueillir les premières plantes à fleurs. La végétation retient et stocke de mieux en mieux l’humidité. Le mur est devenu une sublime mosaïque vivante.

Liane décalée

Posé sur le muret, un pigeon ramier mange les baies charnues d’un lierre. Ces fruits qui mûrissent tout à la fin de l’hiver sont une aubaine au mois de mars pour les oiseaux qui n’ont rien d’autre à se mettre sous le bec. Souvent mal aimé, le lierre est pourtant très utile. Au sol, ses racines puisent les nutriments, tandis qu’en hauteur ses tiges ne font qu’accoler de petits crampons à la surface de la roche, sans l’abîmer. La liane consolide même les murs branlants. Elle abrite au cœur de ses tiges et sous ses feuilles de minuscules coléoptères et cache dans son feuillage épais oiseaux ou petits mammifères.

Mission désert

Pour subsister sur les murs, certaines mousses sont capables de survivre complètement asséchées en captant les moindres traces d’humidité dans l’air. Quant à lui, le prévoyant nombril de Vénus préfère stocker le liquide vital dans ses feuilles en forme de coupelles. Le nec plus ultra en la matière ? Certainement la fougère cétérach officinal dont les frondes s’enroulent par temps sec. Ce mouvement lui permet de n’exposer à l’air libre que le revers écaillé de ses feuilles couvert d’une combinaison antitranspirante.

Le réveil du vieux mur

Caillou tombé d'un vieux mur / © Olivier Loir

De pierres en terre

Calcaire, schiste, granite ou gneiss… les roches qui composent les murs reflètent l’histoire géologique de leur région. Et puis, ces substrats ont des couleurs, des textures et des propriétés chimiques variées. Plus ou moins acides et friables, ils influencent directement la faune et la flore qu’ils accueillent. Quand la pierre se désagrège, tourmentée par la pluie et rongée par l’activité des bactéries, elle libère des minéraux qui participent à la formation d’un peu de terre entre les pierres.

Cymbalaire

Plante muraille

Aussi appelée ruine de Rome, la cymbalaire égaie les murs avec sa guirlande de fleurs violettes et de feuilles persistantes. Elle se plaît tellement dans ce monde vertical qu’elle a trouvé une astuce pour que sa descendance ne quitte pas le rocher. Le moment venu, les pédoncules portant ses fruits se contorsionnent vers l’arrière pour glisser les graines dans les fentes du mur.

En pratique, lisez nos 3 conseils pour observer la vie d'un vieux mur.

Consultez notre Miniguide n°28 sur les plantes des murs.

Couverture de La Salamandre n°226

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 226
Février - Mars 2015
Article N° complet

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