Sale temps pour les abeilles

Une ruche au milieu d'un champ de tournesol / © Eric Tourneret

Depuis quelques années, les apiculteurs d’Europe, d’Amérique et d’Asie assistent impuissants à l’effondrement de leurs colonies. Les abeilles tombent comme des mouches loin des ruchers. Pourquoi cette hécatombe ? Les scientifiques explorent plusieurs pistes.

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Le varroa

Cet acarien est l’ennemi public numéro 1. Introduit en Europe dans les années 80, ce petit parasite affecte aujourd’hui toutes les colonies. La femelle varroa pond dans les alvéoles de couvain et ses jeunes sucent le sang des larves d’abeilles. Après l’éclosion de l’insecte, les acariens grimpent sur le dos des adultes jusqu’à la ponte et le cycle recommence.

Trois acariens varroa abeille larve

© Paul Starosta

Les varroas se multiplient très rapidement et affaiblissent les colonies. On sait qu’ils transmettent plusieurs virus qui pourraient être à l’origine du déclin des abeilles. Il est fort probable qu’en malmenant l’environnement, l‘homme a bien préparé le terrain aux virus et aux autres agents pathogènes. Les pesticides, la pollution, pour ne citer qu’eux, sont autant de facteurs qui stressent les abeilles. Cela contribue sans doute à affaiblir leur système immunitaire.

Epandage de pesticide tracteur culture agriculture

© Christophe Kündig

Les pesticides

En France, après 10 ans de lutte, les apiculteurs ont enfin obtenu en 2004 l’interdiction du Gaucho® et du Régent®, insecticides systémiques dont étaient enrobées les graines de tournesol et de maïs. Leurs molécules actives ont la particularité de pénétrer dans tous les organes de la plante en croissance, afin d’empoisonner les insectes piqueurs. Malgré leur interdiction, les pertes restent encore lourdes dans les ruchers de l’Hexagone. La bataille se poursuit aujourd’hui contre le Cruiser®, un produit du même acabit.

Même si la controverse existe toujours quant à la responsabilité des insecticides dans la mort des colonies, il est clair que les cocktails chimiques ingurgités par nos abeilles ne leur font pas de bien. Un espoir ? Lors du Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à réduire de 50 % l’épandage des pesticides, sans toutefois préciser l’échéance de cette mesure…

Les maladies

Loque européenne et américaine, nosémose, dysenterie, acariose… La liste des maladies et des parasites susceptibles d’affaiblir les ruchers est longue. Reste que de nombreuses colonies déclinent sans qu’aucune maladie n’y soit décelée.

© Paul Starosta
Ruche sous la neige

© Paul Starosta

Le climat

Coups de froid et de chaud, déluges et sécheresse. Les contrastes du climat nuisent-ils aux abeilles ? Les chercheurs sont sceptiques. Durant l’hiver très froid de 2005-2006, les apiculteurs ont subi autant de pertes qu’au cours de l’hiver doux de 2003-2004.

Les OGM

Le maïs transgénique Bt est montré du doigt par un nombre grandissant d’apiculteurs européens. La plante entière produit une protéine insecticide qui se retrouve aussi dans le pollen de ses fleurs. Dans le Lot-et-Garonne, des analyses ont démontré que le pollen récolté dans les ruches situées à proximité de ces cultures OGM contient de l’ADN transgénique. On ne peut toutefois pas leur attribuer la responsabilité des hécatombes, car de nombreuses colonies ont été décimées dans des régions sans OGM. Mais il n’est pas exclu que ceux-ci aient sur les abeilles des effets mutagènes.

En attendant, le gouvernement français a interdit de semer et de cultiver les six variétés de maïs transgénique (MON 810) autorisées en Europe.

Les ondes

C’est sûr, les abeilles sont sensibles aux champs magnétiques terrestres : elles les perçoivent grâce à de petits cristaux, contenant du fer, situés sous leur abdomen. Mais de là à dire que les ondes de nos GSM et de nos portables les incommodent… il y a un pas que les chercheurs ne franchissent pas ! D’ailleurs, des pertes importantes ont été enregistrées dans des régions privées de réseaux de télécommunication.

Le coléoptère

Une larve du coléoptère Aethina tumida

© Eric Tourneret

Aethina tumida est un coléoptère du sud de l’Afrique, grand dévoreur de pollen et de miel. Mais rassurez-vous : il n’a pas encore posé les pattes en Europe. Par contre, ses larves font des ravages dans les ruchers du sud des Etats-Unis.

Le frelon asiatique

Venu d’Asie, ce redoutable prédateur a débarqué en France en 2005, via des poteries issues du nord de la Chine. Depuis, le frelon asiatique a colonisé le sud-ouest de la France. Il sème la mort au sein des colonies, en s’attaquant aux butineuses qui entrent dans la ruche ou en sortent. De nombreuses ruches ont déjà été décimées par sa faute.

© Jacques Blot

Les monocultures

Certes, les immenses champs de colza, de maïs et de tournesol offrent aux abeilles une source de nourriture abondante, mais la qualité n’est pas forcément au rendez-vous, et la miellée est très limitée dans le temps.

Une ruche au milieu d'un champ de tournesol apiculteur surproduction mono

© Eric Tourneret

On constate en fait que les colonies d’abeilles se développent mieux aux abords des villes et des cimetières, où la nourriture est disponible durant de longues périodes, que dans de mornes plaines agricoles. Pour le bien-être de nos abeilles et des insectes en général, il est donc plus que temps de rendre à nos campagnes les haies et les fleurs champêtres qui leur font aujourd’hui tant défaut.

Vous voulez aider les abeilles ? Découvrez quelques astuce sur notre article : Aider les abeilles.

Retrouvez tous les articles du dossier : La révolution des abeilles.

Couverture de La Salamandre n°185

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 185
Avril - Mai 2008
Article N° complet

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