Grandir, et vite !

Les jeunes rougegorges naissent nus et aveugles. / © Laurent Willenegger, d’après Victoria Ouw-Welkerling

La croissance des jeunes rougegorges racontée par leur parent. De l'éclosion à l'envol, l'affaire est réglée en un rien de temps.

Avatar de Laurent Willenegger
- Mis à jour le
Article d'origine par

«Ça y est ! Ils sont nés ! Nos poussins tout nus et aveugles piaillent doucement au fond du nid. Ma femelle fait tout ce qu’il faut pour les tenir au chaud. Et moi ? Je chasse, je rechasse et je les gave tous, y compris ma belle ! Mes petits ont déjà le réflexe de se dresser en ouvrant le bec dès qu’ils perçoivent une vibration autour d’eux. Leur croissance doit être fulgurante pour qu’ils puissent quitter au plus vite un nid malgré tout dangereux.

ls sont là, entassés dans l’obscurité, blottis sous l’aile de leur mère. Vulnérables. Dès l’éclosion, ma femelle a emporté au loin les restes de coquilles. Nous évitons de laisser des indices pour la corneille ou la pie. J’élimine même, à chaque nourrissage, les fientes que nos petits font dans des sacs blancs et étanches. Aucune trace, aucune odeur ne doit trahir l’emplacement du nid.

Nés ensemble

Chez les rougegorges, les naissances sont simultanées. Il n’y a pas de gros ni de petit oisillon. Du moins au départ. Chacun reçoit la même quantité de nourriture. Les bords clairs et boudinés des becs m’aident à viser dans l’obscurité.

«L’essentiel est de quitter le nid. Voler viendra plus tard.»

Au début, chaque jeune reçoit plus de dix nourrissages par heure. L’an dernier, nous avons élevé cinq jeunes. Cinquante allées et venues en une heure. Quinze heures par jour. Vous imaginez le travail ? Cela dure deux longues semaines…

© Laurent Willenegger, d’après Victoria Ouw-Welkerling

Bien sûr, il y a des pauses, mais l’effort est colossal. Il faut à tout prix nourrir ces bouches. Si les éclosions sont retardées, comme voilà deux ans, il arrive que le nombre des proies à disposition diminue. Du coup, ma dépense d’énergie est multipliée par deux ou par trois et l’avenir de la nichée est compromis. Il y a aussi les périodes de mauvais temps : les proies s’immobilisent et sont donc moins visibles. J’en fais parfois des cauchemars.

Se parer de plumes

Le plus fou, dans une vie d’oiseau, c’est peut-être l’apparition des plumes. Petit à petit, elles nous recouvrent, nous protègent du froid et nous dissimulent. Il y a aussi ces picotements au bout des ailes, provoqués par la pousse de curieux tuyaux. Ceux-ci finissent par s’émietter, dégageant nos grandes plumes de vol, les rémiges. Une fois prêts, les poussins se mettent à bouger dangereusement. Le nid devient trop exigu. On se bouscule et parfois, comme l’an dernier, un petit tombe et s’écrase sur les galets du ruisseau.

Un beau jour, c’est l’envol ou plutôt la sortie, car, à cet âge, nous sommes tout juste capables de nous agripper à une branche. L’essentiel est de quitter le nid. Voler viendra plus tard, lorsque toutes nos plumes auront poussé.»

Le rougegorge doit grandir et vite ! - La Salamandre

© Laurent Willenegger, d’après Victoria Ouw-Welkerling

À l'étroit

Les jeunes rougegorges naissent nus et aveugles, inachevés par manque de place dans l’œuf. En quatorze jours, leur croissance est fulgurante. Ils passent de 2 à environ 20 g, deviennent des êtres emplumés et thermorégulés. Voler et chasser sera la prochaine étape…

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

Dans la Minute Nature ép. 28, Julien Perrot vous donne rendez-vous avec un magicien, le rougegorge. En effet, vous croyez le voir toute l'année mais cet oiseau malicieux est un illusionniste hors pair.

Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 172
Février - Mars 2006
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir