Affronter la jungle

Le plumage des jeunes rougegorges brun foncé perlé de clair est une tenue de camouflage idéale dans un sous-bois. / © Laurent Willenegger

Le sevrage, un soulagement ou un déchirement pour un parent ? Le rougegorge nous raconte cette étape clé de la vie d'un jeune.

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«L’an dernier, la faim et l’instinct ont incité mes trois poussins à quitter le nid en une matinée. Eh oui ! Trois seulement, les survivants de notre nichée de cinq. Les deux autres ? L’un n’est jamais né, mort dans l’œuf, et l’autre s’était tué en tombant du nid.

Dans une vie de rougegorge, la toute première sortie du nid ne s’oublie pas. D’abord, il y a la lumière. Toute cette lumière verte filtrée par le feuillage. Puis une jungle de lianes et de branches à perte de vue. Inextricable. Inquiétante. Promesse de refuge, de chasses, mais aussi d’inconnu et de mauvaises rencontres.

Seul et sevré

Moi, je m’en souviens, je m’étais vite mis à l’abri sous un roncier. Là, j’ai eu le temps de me faire à ma nouvelle condition. Mes parents m’ont encore nourri durant deux semaines. Mais petit à petit ils m’ont sevré, me forçant à les poursuivre pour manger. Puis ils ont espacé leurs visites pour finalement disparaître. J’ai appris à voler et à chasser. Seul, face à mon destin.
Finis, les sons étouffés et le confort du nid. Je découvrais les bruits en vrai. Le vol des mouches. Celui, plus lourdaud, des hannetons. Les bourdonnements aigus des moustiques. Le chant des autres oiseaux. Je sursautais aux cris éraillés du geai, notre ennemi juré.

M’aplatissais au passage d’une buse. Et puis soudain, une onde fantastique se levait.Traversait et secouait le feuillage : le vent ! Il a fallu apprivoiser tout cela.

© Laurent Willenegger

Les rescapés

Mes trois jeunes de l’an passé n’ont vraiment pas eu de chance. Ils ont connu l’orage dès le premier soir. Les bourrasques, les trombes d’eau et les claquements des éclairs. L’un d’eux n’a pas trouvé d’abri dans le lierre. Trempé, épuisé, il est mort à l’aube dans les cailloux proches du chemin.

Un jour après leur sortie, restaient donc un jeune mâle et une jeune femelle. D’ordinaire, chaque membre du couple prend en charge les jeunes de son sexe. Mais cette fois, ma femelle a préféré mettre immédiatement une seconde nichée en route. Les conditions étaient bonnes, il fallait foncer. J’ai donc veillé seul sur nos deux rejetons. Avant de recommencer les nourrissages du nouveau nid jusque vers le milieu de l’été. Quand je vous dis que j’ai une vie bien remplie… »

Pour passer inaperçu

Le plumage des rougegorges commence par être brun foncé perlé de clair. C’est une tenue de camouflage idéale dans un sous-bois. Durant la première semaine, les jeunes ne quémandent pas leur nourriture : ils restent silencieux, mais sont déjà capables d’entendre les cris d’alarme lancés de loin par leurs parents. Des «siiii» aigus et traînants, impossibles à localiser, mais qui avertissent tout le voisinage d’un danger probable.

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

La vie de parents, c’est du sport ! A la fois semblables et différentes, mésanges bleues et charbonnières ont des stratégies bien à elles pour défendre leurs couleurs. Deux équipes, deux styles à découvrir ici.

Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 172
Février - Mars 2006
Article N° complet

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