Ramper c’est le pied

L'escargot avance par d'imperceptibles vagues propagées à travers son muscle locomoteur afin de rester collé à son support. / © Heidi & Hans-Jürgen Koch

On se moque de l'escargot pour sa lenteur… et on rate l'essentiel : le gastéropode hypermusclé est un champion. Des ingénieurs rêvent d'imiter ses exploits.

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Toute sa vie, l'escargot laisse derrière lui un joli ruban d'argent. Cette couche de mucus épaisse d'à peine dix à vingt millièmes de millimètre est un véritable tapis magique. Ce produit miracle est capable de passer alternativement de l'état solide à l'état liquide et réciproquement en fonction de la pression exercée sur lui. Autrement dit, quand le mollusque est immobile, le mucus est une colle puissante. Mais dès qu'il soulève une petite partie de sa semelle, cette substance devient un liquide qui lui permet de glisser d'un millimètre. Et quand il s'arrête, l'eau savonneuse redevient colle. Ainsi, par imperceptibles vagues propagées à travers son muscle locomoteur, le gastéropode avance en même temps qu'il demeure parfaitement fixé à son support. Ce faisant, il peut tranquillement cheminer la tête en bas collé à n'importe quoi, même à une vitre propre et lisse.
L'inventaire de ses exploits ne s'arrête pas là. Comme il est totalement élastique et largement extensible, l'escargot peut faire le grand écart pour passer d'une plante à une autre. L'animal tend son corps dans le vide, palpe l'espace avec ses antennes et parvient à prendre pied de l'autre côté. Impressionnant ! Pour couronner le tout, le mucus protège sa peau fine et fragile contre toutes les aspérités du terrain. C'est une route sécurisée sur laquelle il peut avancer tranquille. Les seringues urticantes de l'ortie ou les piquants de la ronce ne lui font aucun effet.
Certes, par frottement, l'escargot dissipe deux fois plus d'énergie qu'un animal au pas. Et sa vitesse de pointe ne dépasse pas 9 mètres à l'heure. N'empêche qu'aujourd'hui, au lieu de railler son rythme tranquille, des chercheurs du monde entier s'intéressent à son mode de locomotion unique. Il y en a qui rêvent de s'en inspirer pour concevoir de petits robots un peu lents mais complètement tout-terrain.

L'escargot marche sur un pied

Radula d'escargot / © Biosphoto / Eye of Science / Science Photo Library

Râpe à verdure

En ouvrant ses quatre lè­vres, l'escargot dégage une langue râpeuse recouverte de dizaines de milliers de minuscules dents : la radula. Ce tapis roulant broie les végétaux puis les envoie dans les profondeurs de son œsophage. La râpe est maintenue dans un état impeccable par un renouvellement permanent des petits crocs.

L'escargot marche sur un pied

Escargot qui se dresse à la recherche de quelque chose à se mettre sur la langue

Presque innocent

L'escargot peut jeûner des semaines, voire des mois, mais quand il passe à table, son festin est impressionnant. Heureusement, la plupart des gastéropodes à coquille s'attaquent au potager de façon modérée. La bête à abattre, c'est une limace goulue, la loche méridionale.

L'escargot marche sur un pied

Escargot sur une lame de rasoir / © Heidi & Hans-Jürgen Koch

Bête de foire

Tant qu'il a assez d'eau pour fabriquer son mucus, rien n'arrête l'escargot. Pas même le tranchant d'une lame de rasoir.

L'escargot marche sur un pied

L'escargot avance par des petites ondes musculaires successives, visibles au travers d'une vitre. / © Heidi& Hans-Jürgen Koch

Les coulisses du miracle

A travers une vitre, on voit parfaitement les ondes musculaires qui font avancer un escargot de Bourgogne. Les bandes sombres correspondent aux parties en mouvement, là où le mucus agit comme lubrifiant, les zones claires celles où le pied immobile est fermement collé à son support.

Couverture de La Salamandre n°221

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 221
Avril - Mai 2014
Article N° complet

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