Protéger les poissons

Héron cendré, amateur de poisson / © Laurent Geslin/Biosphoto/Sutter

Des parades et des installations techniques permettent aujourd’hui de protéger les poissons d’élevage du héron. Et les poissons sauvages ?

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« Le boulot du renard, c’est de vérifier tous les soirs si le poulailler est bien fermé. » Rapportés au héron cendré, les propos du peintre naturaliste Jacques Rime illustrent l’évidence. Comment peut-on reprocher aux prédateurs de se servir là où la nourriture abonde, quand nous sommes les premiers à pécher par négligence ?

L’exemple belge

La Belgique a fait œuvre de pionnière en matière de protection des poissons d’élevage. Dès 1997, des scientifiques et des représentants du monde piscicole se sont réunis en un « Groupe d’intérêt pour les poissons, la pêche et l’aquaculture ». L’une des missions de cet organisme est de promouvoir des solutions permettant de satisfaire les pisciculteurs sans recourir à des abattages injustifiés. « Cette démarche passe par une bonne connaissance du comportement des principaux oiseaux incriminés, à savoir le héron cendré, le grand cormoran et le martin-pêcheur » , souligne Sébastien Den Doncker, collaborateur scientifique au GIPPA.

Face à une clôture grillagée, le héron n’a aucune possibilité de commettre ses larcins. / © Erwan Balança

L’embarras du choix

Bon nombre de méthodes de protection ont été testées, avec plus ou moins de succès. Leur efficacité varie en fonction du type de prédateur, de la taille des bassins ou du degré d’accoutumance des oiseaux. Les barrières physiques, telles que clôtures grillagées et filets flottants, sont les systèmes les plus dissuasifs. Le nec plus ultra, c’est le « filet volière », car il décourage autant le cormoran qui plonge en eau profonde que le héron qui pêche à partir des bords. Surtout, il n’entrave pas le travail des pisciculteurs.

Viennent ensuite les méthodes accoustiques comme les canons d’effarouchement, ou la diffusion de cris d’alarme et de fuite du héron. Les Américains ont aussi mis au point un petit bateau propulsé à l’énergie solaire et muni d’un détecteur de mouvement. Quand un oiseau s’approche des bassins, l’engin se dirige vers lui et lui envoie une giclée d’eau.

La coexistence pacifique entre l’homme et les oiseaux piscivores est un défi. Quel prix sommes-nous prêts à payer pour résoudre les conflits ? / © Jean-Marc Fivat

Plus loin que le bout du bec

Protéger les poissons d’élevage, c’est bien. Sauvegarder les poissons sauvages, c’est encore mieux ! Il ne faut en effet pas oublier que la disparition des marais et des étangs ainsi que la dégradation des rivières sont souvent à l’origine des méfaits reprochés aux oiseaux piscivores.

Aujourd’hui, beaucoup d’espèces de poissons ne parviennent plus à se reproduire dans les cours d’eau canalisés, pollués ou soumis aux exigences des barrages hydroélectriques. Le manque de proies dans la nature explique en partie l’intrusion des hérons dans les piscicultures ou les cours d’eau fraîchement alevinés par les pêcheurs. Le courroux de ces derniers est compréhensible, mais les coupables sont souvent désignés à la légère.

Alain Schonbrodt, pisciculteur à Hargimont, en Belgique Protéger les poissons d'élevage du héron opportuniste

Alain Schonbrodt, pisciculteur à Hargimont, en Belgique / © Cécile Laloux

Expérience

Alain Schonbrodt, pisciculteur à Hargimont, en Belgique

Comment protégez-vous vos salmonidés des hérons ?

J’ai posé des grilles en fers à béton autour des bacs d’élevage de 10 m3. Comme elles sont très lourdes, il a fallu trouver autre chose pour les grands bacs et les deux étangs : j’ai opté pour des clôtures électrifiées.

Etes-vous satisfait du résultat ?

Ça marche assez bien. Les hérons ne parviennent plus à emporter les poissons, mais ils arrivent encore à les blesser en les piquant du bord. L’idéal serait de couvrir chaque bassin d’une tente volière. Ce système facilite la manutention, mais il est cher et long à amortir, même avec les aides de l’Etat. Il a aussi l’inconvénient de piéger des oiseaux protégés comme le martin-pêcheur ou les rapaces nocturnes.

A combien estimez-vous les pertes dues au héron ?

A environ 500 à 600 kg par année, soit 15% de ma production. Les poissons blessés finissent par mourir ou sont invendables. J’ai la chance d’habiter juste à côté de mes installations : ma présence réduit considérablement les dégâts.

Avez-vous pensé à abattre les hérons ?

J’aime les oiseaux et la nature, je me vois donc mal me mettre à tirer le héron. J’essaie simplement d’être plus malin que lui, mais le gaillard est diabolique !

Retrouvez tous les articles du dossier : Héron malgré lui.

Couverture de La Salamandre n°184

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 184
Février - Mars 2008
Article N° complet

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