Prévoir le danger

Il faut beaucoup d’expérience pour lire la montagne et savoir reconnaître les zones les plus dangereuses. / © Robert Bolognesi

Grand soleil, ciel bleu, montagne rassurante. Et si c’était justement là qu’il faut se méfier ? Quelques règles simples pour limiter la casse.

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Contre la mort blanche, l’homme ne se contente pas de prendre soin des forêts qui protègent les villages ou de construire des alignements d’horribles paravalanches. D’étonnants moyens techniques sont déployés pour désamorcer le danger en déclenchant préventivement les coulées à risques. Il n’y a pas si longtemps, on tirait pour cela au mortier dans la montagne. Aujourd’hui, on préfère utiliser des explosifs largués par hélicoptère, des tubes remplis de gaz mis à feu à distance ou encore des ballons gonflés à l’hydrogène qui explosent au-dessus des pentes instables. Quelle imagination!

Tonnes d’explosifs

Au début, on se contentait de sécuriser les pistes de ski, mais avec le développement du ski hors-piste dans les stations, les périmètres sécurisés ne font que grandir. Pour Jean-François Desmet, spécialiste haut-savoyard de la faune alpine, « il y a toujours plus d’explosions et de dérangements dans la montagne. Des avalanches artificielles sans aucun signe avant-coureur qui surprennent les lièvres, les perdrix des neiges ou les chamois. » A Verbier, on fait facilement 200 tirs après de fortes chutes de neige : plus d’une centaine de tonnes d’explosifs chaque hiver pour l’ensemble des Alpes. Peut-être serait-il moins absurde que celui qui s’éloigne sciemment des pistes se soumette aux règles de la montagne…

La prudence d’abord

Pour le randonneur ou le skieur, la meilleure protection demeure la prudence. Quelques règles simples proposées par Robert Bolognesi permettent de diminuer considérablement les risques. S’il faut mettre toutes les chances de son côté, nous devons aussi savoir que, en montagne comme à la mer, le risque zéro n’existe pas.

« Brouillard de janvier, neige de mars. » Les Bois (JU)

Les règles d’or

S’informer Consulter le bulletin des avalanches par téléphone, par internet
ou dans les médias. Au moindre doute, reporter l’excursion projetée.

Suivre la météo Se méfier tout particulièrement :

  • les jours qui suivent de forts vents en montagne, sous l’action desquels la neige s’accumule
  • les jours qui suivent de grosses pluies en altitude ou un redoux prononcé
  • les heures qui suivent des chutes de neige
  • au printemps, quand la neige commence à fondre en surface; il aurait fallu partir tôt pour rentrer tôt, car soleil + chaleur = danger.

Choisir son itinéraire Eviter autant que possible les zones où les avalanches se déclenchent et où la neige s’écoule

  • les zones à l’abri du vent où la neige s’accumule
  • les fortes pentes
  • les versants réguliers sans rochers ni arbres
  • les couloirs de toutes sortes
  • les zones raides dominant directement des lieux habités ou très fréquentés.

Bouquetins malins

bouquetin

© Eric Dragesco

Il est très rare que des bouquetins soient pris dans une avalanche. On sait maintenant pourquoi. Cela fait des millénaires que les bouquetins vivent sous la menace permanente des coulées de neige. Quand dix d’entre eux ont été réintroduits en 2001 au Diemtigtal, dans le canton de Berne, les scientifiques de l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches en ont profité. Ces trois derniers hivers, ils ont suivi le comportement de ces montagnards confirmés grâce à des colliers émetteurs.
Après une grosse chute de neige, les chercheurs ont observé que les bouquetins se plaquent contre des failles de parois rocheuses. Très prudents pendant quelques jours, ils ne s’éloignent pas de leur abri de plus de 30 à 50 mètres.
De plus, contrairement à ce qu’ils font en été, les bouquetins concentrent leurs activités sur la journée, histoire sans doute de ne pas se déplacer de nuit sur des plaques instables.
Enfin, les bêtes passent l’essentiel de leur temps au-dessus des zones à avalanches. Elles se concentrent sur les grandes parois rocheuses et sur les versants exposés au sud, là où la neige disparaît le plus vite.
Ces précautions paient. Sauf cas exceptionnel et à la différence des chamois par exemple, il est très rare que des bouquetins soient pris dans une avalanche…

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

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