Pourquoi toujours plus de goélands dans les terres ?

Goélands leucophées / © Alessandro Staehli

Nicolas Sadoul est chef de projet Laridés et Limicoles à la Réserve naturelle des Marais du Vigueirat en Camargue. Il explique la colonisation des goélands leucophées dans l'intérieur des terres.

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La population méditerranéenne française de goélands leucophées a atteint un pic au début des années 2000. A partir des importantes colonies des côtes du Midi, cette espèce a sans doute suivi les fleuves pour coloniser l’intérieur du continent. On pense bien sûr au Rhône puis au Rhin en direction de la mer du Nord. C’est ce qu’indiquent les goélands nés et bagués en Provence observés sur les lacs de France et de Suisse et jusqu’en Allemagne ou aux Pays-Bas.

Vous parlez d’un pic, cela veut dire que l’espèce décline désormais ?

Oui, localement au moins. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le goéland leucophée régresse dans les colonies côtières du sud de la France où ses effectifs ont chuté de 41’000 à 32’000 couples en dix ans. L’essor de cette espèce était clairement lié à l’exploitation des décharges et des rejets de pêche au chalut. En revanche, les causes de sa récente diminution ne sont pas encore établies. Evidemment, la fermeture de la plus grande décharge d’Europe située près de Marseille pourrait expliquer une petite partie de ce fléchissement, mais il reste de nombreux dépôts d’ordures en activité. Les rejets de pêche auraient-ils diminué du fait de certains moratoires mis en place localement ? Y a-t-il des phénomènes toxicologiques massifs qui nous échappent en pleine mer ? Mystère pour l’instant.

En gros, le goéland leucophée abandonne le littoral et colonise le continent ?

On observe en tout cas l’expansion géographique de cette espèce vers de nombreux départements au sud d’une ligne Nantes-Strasbourg. Le recul observé sur le littoral méditerranéen pousserait ce laridé opportuniste à rechercher ailleurs de nouveaux sites de nidification. Mais cela ne compense pas pour l’instant les effectifs perdus au bord de la Grande Bleue.

Que présagez-vous pour la suite ?

Dans l’ouest de la France, le goéland argenté a connu une évolution similaire il y a une quinzaine d’années et ses populations urbaines sont en passe de devenir plus nombreuses que celles des colonies naturelles. Je pense que le goéland leucophée suit le même chemin que son cousin breton et qu’il va continuer son essor à l’intérieur des terres. Son chant sonore devrait résonner de plus en plus souvent sur les toits de Paris, Lyon ou Neuchâtel.

Pour aller plus loin

Comment reconnaître le leucophée parmi tous les autres goélands, mouettes, sternes ou guifettes? Glissez le Miniguide n°78 Les laridés dans votre poche avant toute balade au bord de l'eau.

Couverture de La Salamandre n°233

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 233
Avril - Mai 2016
Article N° complet

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