Pourquoi ne faut-il pas ramasser trop de jonquilles au printemps ?

Champ de jonquilles / © Jean-Philippe Delobelle /Biosphoto

François Dehondt, directeur du Conservatoire botanique national de Franche-Comté et de l'observatoire régional des Invertébrés nous parle de cette belle narcisse jaune à la floraison si spectaculaire.

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Avant de cueillir une fleur, il faut d’abord s’intéresser à elle. Cela peut surprendre mais on a longtemps mal cerné la répartition de la jonquille. Parce qu’elle fleurit puis disparaît tôt, avant que la plupart des botanistes ne sortent inventorier la flore, et que ses stations sont dispersées en forêt. Cela a incité notre Conservatoire à en faire le sujet de sa première enquête participative en 2005. De nombreux promeneurs nous ont confié leurs bons coins. On a pu élaborer la carte de présence de cette fleur accessible sur notre site internet. Un succès !

Alors, est-elle menacée ?

La jonquillle, surnommée la campenotte ici dans le Doubs, est assez commune des Vosges aux Pyrénées, plus dispersée ailleurs. Elle n’est pas menacée de disparition mais sa floraison spectaculaire la rend très attirante. Du coup, un commerce s’est développé. Le prélèvement de toutes les feuilles et fleurs d’une même population peut la mettre en danger et l’arrachage est encore plus destructeur. Pour ne pas pénaliser les cueilleurs du dimanche, la loi autorise le prélèvement raisonné d’un bouquet par personne à condition de ne pas toucher les parties souterraines. Au moins 22 départements français auraient pris des arrêtés permanents ou temporaires pour cadrer cette pratique - (en Suisse, la réglementation tolère selon les cantons la cueillette de 10 exemplaires à une poignée par personne, sans bulbes).

Les autres espèces de narcisses sont-elles concernées par ce problème?

Le narcisse des poètes, oui. C’est la seule autre espèce indigène de Franche-Comté touchée par cette pratique, avec une certaine gravité car il est presque menacé chez nous.

Les plantations de variétés cultivées dans les jardins menacent-elles les narcisses sauvages ?

Non, car la jonquille se multiplie surtout de façon végétative (voir ci-dessous). Elle est donc peu sujette aux croisements. Quatre hybrides auraient été anciennement diffusés par l’horticulture mais on n’en connaît pas de véritables populations, seulement des touffes isolées ou éparses en friches.

Existe-t-il des cas où la cueillette a véritablement menacé une fleur sauvage ?

Oui, malheureusement. Par exemple le sabot-de-Vénus, le daphné camélée ou encore l’érythrone dent-de-chien… mais cette menace ne concerne que peu d’espèces. La principale cause de l’érosion de notre biodiversité végétale reste la destruction de leur habitat.

Multiplication végétative

Multiplication asexuée, c’est-à-dire sans graines ni spores, qui se fait à partir d’un organe végétal. Chez la jonquille, mais aussi l’ail, l’oignon, la perce-neige ou la tulipe, c’est le bulbe qui entre en jeu. Cette tige modifiée, courte, épaisse et riche en réserves peut générer des bulbilles qui se détachent et donnent naissance à de nouveaux plants. Ce procédé non sexué ne génère pas de brassage génétique et produit donc des clones.

Couverture de La Salamandre n°238

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 238
Février - Mars 2017
Article N° complet

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