Pourquoi les truites disparaissent-elles ?

Cette truite commune vivant en rivière a développé une robe vert olive à pois rouges. Dans un lac, elle porterait un ventre blanc et un dos noir pour se camoufler. / © Aurélie Rubin

Le biologiste Jean-François Rubin nous explique les raisons de la diminution des populations de truites dans les rivières.

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Les populations de truites sauvages s’amenuisent de manière inquiétante. Selon les statistiques de pêche, le nombre de captures a chuté de deux tiers en vingt ans en Europe. Et la situation ne va pas en s’améliorant. Si des lois sévères et des stations d’épuration efficaces ont réduit les pollutions agricoles à l’azote ou au phosphore, les cours d’eau sont aujourd’hui menacés par les micropolluants et les pesticides. Ces produits peuvent rendre les poissons stériles et les tuer à petit feu. Ce qui est extrêmement sournois.

Et le réchauffement climatique dans tout ça ?

Les étés caniculaires font baisser le niveau des lacs et des rivières et augmenter leur température. Ce phénomène a deux conséquences. D’une part, la concentration en produits chimiques s’accroît lorsque le volume de l’eau est faible. Ainsi, une pollution qui aurait été bénigne dix ans plus tôt, car diluée dans une quantité de liquide suffisante, peut être grave à l’heure actuelle. D’autre part, la chaleur favorise le développement de maladies. Nous avons découvert qu’un parasite qui s’attaque aux reins des truites et finit par les tuer prolifère lorsque la température de l’eau dépasse 15 °C. Or ce seuil est régulièrement franchi.

Les truites de rivière et celles des lacs sont-elles touchées de la même façon ?

Oui et non. On a longtemps cru que les truites lacustres et celles de rivière étaient différentes. Pourtant comme vient de le démontrer l’une de nos chercheuses, il s’agit de la même espèce : la truite commune. A l’éclosion, certains jeunes, désavantagés dans les luttes de territoires par leur petite taille, quittent la rivière pour rejoindre un lac, tandis que leurs frères et sœurs y resteront à vie. Les aventuriers qui survivent deviennent des as du camouflage, bénéficient d’une nourriture abondante et atteignent un gabarit impressionnant qui les privilégiera lorsqu’ils retourneront en rivière pour se reproduire. Toutefois, ces truites voyageuses sont davantage éprouvées par les pollutions et obstacles qu’elles rencontrent. Nous devons donc veiller non seulement à la santé des rivières et lacs, mais aussi à l’écosystème de tout leur parcours migratoire.

Un sauvetage plus efficace

Jusqu’à l’an 2000, le soutien aux truites passe par le repeuplement via des poissons d’élevage. Mais cette méthode ne fonctionne pas à long terme si les milieux sont dégradés. On mise à présent sur l’amélioration de la qualité des eaux et de l’environnement pour que les animaux reviennent seuls. Installation de passes à poissons, renaturation des berges, sensibilisation des agriculteurs et industriels : des mesures efficaces mais qui demandent la coopération de nombreux acteurs.

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Couverture de La Salamandre n°251

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 251
Avril - Mai 2019
Article N° complet

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