Pourquoi baguer les oiseaux?

Torcol fourmilier lors d'une opération de baguage / © Philippe Legay

A l'heure des mini-balises satellites, pourquoi continuer de baguer les oiseaux ? Eclairage par Frédéric Jiguet, chercheur du Muséum de Paris.

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Frédéric Jiguet, pourquoi continuer de capturer des oiseaux pour leur poser une bague à la patte? N'a-t-on pas fait le tour de cette méthode du siècle dernier ?

On baguait autrefois pour connaître les voies de migration des oiseaux. C'est toujours vrai mais le baguage renseigne aujourd'hui sur la dynamique locale des populations : survie d'une année à l'autre, succès de la reproduction etc. Et comme ces paramètres peuvent changer avec le temps, suite au réchauffement climatique ou à la dégradation des milieux naturels par exemple, il reste très intéressant scientifiquement de poser ces simples bagues aux oiseaux.

La capture au filet induit un grand stress. Est-ce justifié à l'heure où l'on considère que le simple contournement d'éoliennes peut fatiguer un oiseau ?

Tout est fait pour minimiser ce stress. La mortalité ou les blessures restent rares, et on estime que les bénéfices pour les connaissances et la conservation des oiseaux en valent la peine. Mais pour les quelques espèces très sensibles ou en voie d'extinction, prudence et rigueur sont de mise et le baguage peut même être proscrit.

N'y a-t-il pas parfois un détournement de cette pratique vers la seule recherche d'oiseaux rares ?

Oui, ça peut arriver ponctuellement. Mais ça reste anecdotique car le baguage est très cadré par des programmes collectifs. Que les bagueurs connaissent bien les migrateurs rares en provenance de contrées lointaines est un plus car cela permet une identification correcte.

Où en est-on concernant les autres méthodes d'études des oiseaux ?

Après les bagues, puis les balises argos et gps, miniaturisés pour ne peser plus que 5 grammes, les chercheurs utilisent des photomètres géolocalisateurs. Ces derniers peuvent ne peser que 0.5 gramme et sont posés sur les plus petits passereaux. Ils enregistrent l'intensité lumineuse quotidiennement et en cas d'heureuse recapture, on peut reconstituer le trajet de migration à partir de l'heure du midi solaire et de la durée du jour des zones traversées par l'oiseau.

Quelles découvertes incroyables faites par le baguage vous ont marqué ?

Le baguage a permis de savoir que les grands albatros vivent plus de 70 ans, que les oiseaux marins sont très fidèles à leur lieu de naissance, ou encore de révéler le secret de l'incroyable migration des barges rousses d'Alaska qui parcourent 11000 km d'une traite au dessus de l'océan pour aller hiverner en Nouvelle-Zélande - bien avant que des suivis par balises ne confirment ces exploits ! Plus près de chez nous, le baguage a permis de montrer que les fluctuations importantes des populations de bouscarle de Cetti (photo) sont liées aux températures hivernales, quel que soit le nombre de jeunes produits au printemps.

Retrouvez l'avis sur la question de Jacques Laesser, responsable de la Centrale de baguage de la Station ornithologique suisse à Sempach dans la Salamandre 236 Voyage au centre de la terre qui sort en octobre prochain.

Lire aussi notre enquête sur le voyage des puffins des Baléares grâce aux puces solaires.

Le baguage des oiseaux - Bouscarle de Cetti

© Philippe Legay

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