Sous la plage, un bestiaire

Silhouette fine, agilité en vol et queue fourchue valent aux sternes le nom d’hirondelles de mer. Vous les observerez facilement en train de pêcher du menu fretin à la limite des vagues. / © Benoît Perrotin

Les plages de sable fin n’attirent pas que les touristes ! A première vue désertiques et monotones, ces vastes surfaces recèlent une vie animale insoupçonnée.

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Vacances, jeux de sable, farniente, bronzage et crèmes glacées. Aucun doute : le mot plage évoque davantage plaisir et nostalgie que petites bêtes en tous genres. Et pourtant ! Même si nous avons peine à l’imaginer, au plus profond du sable se cachent une foule de créatures.

Il suffit pour s’en convaincre d’observer les oiseaux qui, à marée basse, s’y précipitent pour se nourrir. Pointe visible de l’iceberg : les tortillons des vers arénicoles qui parsèment l’étendue humide. Mais pour voir les bêtes, c’est une autre histoire... qui nécessite un équipement approprié ! Bêche, fourche, griffe ou râteau pour les animaux les plus gros, mais aussi loupe et microscope s’il s’agit d’observer les minuscules invertébrés cachés entre les grains de sable.

Traversée du désert

Vivre dans le sable n’est pas donné à tout le monde. Les conditions de vie dictées par les marées et la nature des sédiments sont particulièrement hostiles. Pas question pour l’animal de se balader à découvert. Le sable, mouvant par excellence, ne facilite pas les déplacements. Il n’offre pas non plus de cachettes pour s’abriter des prédateurs et du soleil.

Sous la plage, un bestiaire - La Salamandre

© Christophe Courteau

L’été, à marée basse, les écarts de température à sa surface peuvent excéder 35 °C en une journée, alors qu’à 25 cm de profondeur, la température reste pratiquement constante, à 15 °C environ. En surface, la salinité devient également excessive après l’évaporation des premiers centimètres d’eau. Conséquence : le monopole du sable est réservé à des organismes très spécialisés. Plutôt sédentaires, ils sont capables de respirer, de se nourrir et de se reproduire sans quitter le substrat protecteur.

Coques agiles

Les mollusques bivalves comme les coques, les couteaux ou encore les lutraires sont bien armés pour survivre dans ces conditions. Contrairement à leurs cousins gastéropodes, végétariens ou carnivores, ces coquillages se nourrissent sans bouger en aspirant l’eau en suspension avec un siphon plus ou moins long. Une fois qu’ils l’ont délestée des particules alimentaires qu’elle contient, c’est par un second tube qu’ils la rejettent à la mer avec ses impuretés. A marée basse, l’animal range sa tuyauterie dans ses coquilles, s’enfonce un peu, puis reste coi jusqu’au retour d’eau.

Crustacés futés

N’en déplaise aux enfants, les crabes ne sont pas légion sur le sable fin : la plupart d’entre eux veillent à ne pas rater la dernière vague ou se réfugient entre les rochers. En bas de la plage, on peut par contre observer assez facilement des crevettes grises ou de petits poissons piégés dans les dépressions. Et si par hasard vous voyez un coquillage prendre la poudre d’escampette, il s’agit sans doute d’un bernard-l’hermite ! Ce crustacé à la pince droite démesurée adopte une coquille vide avant de déambuler sur les fonds sableux. Voraces, lui et ses congénères se nourrissent de cadavres et d’autres détritus tombés au fond de l’eau.

© Christophe Courteau

Coques par milliers

Peu exigeantes, les coques se rencontrent aussi bien dans les sédiments vaseux que dans les sables bien oxygénés. Quand l’endroit leur convient, leur densité peut atteindre plusieurs centaines d’individus par m2. Une aubaine pour les amateurs, qui les pêchent au râteau à marée basse !

© Christian König

Crabe branché

Le coryste est un des rares crabes adaptés à la vie dans le sable. Ses deux antennes, presque aussi longues que son corps, sont attachées par des soies en une pointe effilée. Lorsque le crustacé est enfoui, l’eau s’écoule dans sa bouche en glissant entre ses antennes, toujours émergées.

© Christophe Courteau

Flèche des sables

Poisson translucide à museau pointu, le lançon se laisse piéger au creux des rides de sable au moment du frai. Quand un prédateur survient, il file en zigzag et s’enfonce prestement dans le sable. Mais les sternes sont souvent plus rapides que lui !

© Christophe Courteau

Tortillons

Ces boudins de sable sont l’œuvre de l’arénicole, un ver fouisseur très recherché par les oiseaux limicoles, mais aussi par les pêcheurs, qui s’en servent comme appât. Le tortillon et le trou, visibles à marée basse, révèlent les deux extrémités de sa galerie en forme de U.

Sous la plage, un bestiaire - La Salamandre

© Christophe Courteau

Couteau

Lors des grandes marées basses, on repère la loge du «couteau» à sa forme en trou de serrure. Une pincée de sel déposée à l’entrée de sa galerie suffit à faire surgir les siphons de ce grand mollusque bivalve, toujours enfoui. Comme beaucoup de coquillages, les couteaux filtrent l’eau pour en extraire les particules comestibles.

Quand la mer se retire, elle laisse sur les plages des coquilles vides, des carapaces, des plumes. Apprenez à la identifier avec le Miniguide n°22 de La Salamandre : Les laisses de mer.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la mer : Vacances à la mer

Couverture de La Salamandre n°175

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 175
Août - Septembre 2006
Article N° complet

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