Petit coq au safran

Tétras-lyre mâle croquant un crocus du printemps. Préalpes vaudoises (Suisse), le 10 mai 2012 à 08 h 01. / © Olivier Born

Dans les Alpes, c’est l’heure de la parade chez les tétras lyres. Le photographe vaudois Olivier Born nous révèle une rencontre épicée vécue avec un petit coq.

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Fin avril. Les derniers névés alpins deviennent le théâtre d’un incroyable spectacle. Là-haut, au-dessus de la limite des forêts, des oiseaux mystérieux se donnent rendez-vous avant l’aube. C’est dans ces landes parsemées de bruyères que les tétras lyres se font la guerre pour l’amour des femelles ! Aussi nommé petit coq de bruyère, cette splendeur est aujourd’hui reléguée dans les Alpes. Sa queue en forme de lyre et sa plus petite taille le distinguent de son cousin le grand tétras, qui ne vit plus en Suisse romande que dans le massif jurassien.

Blotti dans mon sac de couchage, je ne dors que d’un œil.

Pour observer les tétras lyres parader sans les déranger, il est indispensable de prendre ses quartiers la veille déjà. Après une rude montée en skis de randonnée, chargé de mon lourd matériel photographique, je rejoins enfin la place de chant que je connais. J’installe calmement mon affût à la lumière de ma lampe frontale. Mais d’abord, il faut encore creuser la neige pour aménager un petit coin plat.

La nuit est sereine, étoilée et… glacée. Blotti dans mon sac de couchage, je ne dors que d’un œil. Quelques heures avant le lever du jour, un curieux roucoulement entrecoupé de chuintements gutturaux me réveille. Ils sont là ! Bien caché dans mon abri camouflé, je me prépare en prenant garde de ne pas me faire remarquer. Juste avant l’aube, une dizaine de coqs convergent vers l’arène invisible entre myrtilles et bruyères. La tension monte. Les parades ne vont pas tarder à commencer…

Le mâle le plus convaincant emportera les faveurs de la belle.

Caroncules hérissées, plumage gonflé, et cou tendu vers le ciel, les coqs tournent sur eux-mêmes comme des automates. De temps à autre, deux mâles s’affrontent et se volent dans les plumes, n’hésitant pas à échanger quelques coups de bec. L’enjeu de tout ce remue-ménage bruyant et spectaculaire ? Les femelles, bien sûr ! Mimétiques dans leur plumage brun chiné, elles patientent discrètement en périphérie de l’aire de parade. J’en devine deux. Le mâle le plus convaincant emportera les faveurs de la belle.

Ce matin, un magnifique mâle s’attarde sur un coin de pelouse dépourvu de neige à moins de quatre mètres de mon affût.

Au fil de bagarres, le soleil est maintenant haut dans le ciel. Bien qu’un peu ankylosé, je patiente encore à l’étroit dans mon affût. J’attends que les oiseaux partent pour faire de même. Les derniers coqs se calment enfin progressivement. Je les observe baguenauder entre myrtilliers et rhododendrons en quête de nourriture : bourgeons, bouts de feuilles.

Ce matin, un magnifique mâle s’attarde sur un coin de pelouse dépourvu de neige à moins de quatre mètres de mon affût. Les premiers crocus ou safrans printaniers viennent d’éclore. Le coq se penche et, d’un coup de bec décidé, il croque les pétales blancs d’une de ces fleurs tendres. Quelques grains de pollen tombent légèrement sur l’herbe sèche.

Propos recueillis par Alessandro Staehli

Arènes en feu

Entre avril et juin, le tétras lyre oublie la discrétion qui le caractérise habituellement. En mode séduction, les coqs se réunissent sur des arènes communes et s’affrontent à coups de chants et, si besoin, de bec. Leur but ? Démontrer leur suprématie et s’assurer les faveurs des poules qui assistent au spectacle. Les célèbres parades et leurs roucoulements commencent très tôt le matin et atteignent leur apogée au lever du soleil.

Menu de saison

Muni d’un intestin exceptionnellement long, le petit coq de bruyère possède des capacités de digestion très performantes. Il survit ainsi en plein hiver en se nourrissant de végétaux extrêmement pauvres en protéines, tels des aiguilles de pin de montagne ou d’arole ou encore des mousses et des lichens. Au printemps, il profite du renouveau de la végétation pour ingérer quelques crocus ou de jeunes et tendres aiguilles de mélèze. Puis, l’été avançant, il complète son régime alimentaire avec des baies et même des insectes.

Tétras lyre parmi les crocus

© Olivier Born

Olivier Born

http://olivierborn.ch

  • 1972 Naissance à Lausanne
  • 1995 CFC à l’école de photographie de Vevey
  • 1997 Premier reportage nature en Guyane française
  • 2005 Photographe pour l’hebdomadaire Terre&Nature
Couverture de La Salamandre n°227

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 227
Avril - Mai 2015
Article N° complet

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