Parmi les lacs du Pas de Lona

Méandres et petits marais devant l'imposante masse de pierre du Sasseneire qui culmine à 3254 mètres. / © Igor Délèze

Perchés à mi-chemin entre ciel et terre, les névés et les petits lacs du Pas de Lona transportent dans un autre monde. Bienvenue hors du temps sur un Toit du Monde.

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Depuis le terminus du bus postal de La Crettaz, le hameau le plus au sud de la commune valaisanne de Saint-Martin, la montée sera longue. Dès les premiers mètres, un sentier qui grimpe en zigzaguant annonce clairement la couleur. De l'effort il y aura… mais ce n'est pas grave. Après quelques pas déjà, des prairies baignées de soleil et bruissantes de criquets opèrent leur charme. Papillons et fleurs y dansent un ballet aux couleurs éblouissantes.

Au-delà des mélèzes

Plus haut, toujours plus haut à flanc de vallée. Un aigle dans le ciel. Trois marmottes qui jouent entre deux blocs. Monter toujours sans oublier de se retourner de temps en temps pour admirer les sommets étincelants du Val d'Hérens.
Après les prairies, des mélèzes épais et centenaires, puis de vieilles étables de pierre entourées d'alpages aux corolles toujours plus intensément colorées. Un jeune traquet motteux ébouriffé sur un caillou orange de lichens. L'herbe de plus en plus clairsemée. Les pierres, les éboulis, un chamois sur la crête, quelques fleurs encore qui s'accrochent dans un monde minéral, plus haut, toujours plus haut jusqu'au Pas de Lona perché à 2787 mètres.
L'horizon s'élargit soudain, le panorama bascule et voici droit devant les fiers compagnons du Val d'Anniviers, une couronne de montagnes royales dominées par la gigantesque dent du Weisshorn.
Le vent fouette le visage et les herbes. Il ne manque que des drapeaux de prières ou un troupeau de yaks pour se croire transporté au cœur de l'Himalaya. D'ailleurs, à droite de la crête des Becs de Bosson, il y a comme une silhouette qui se détache sur le ciel. Ce rocher, les alpinistes l'appellent le Bouddha.

Libres, les méandres

Un pas , c'est habituellement un passage maritime étroit entre deux terres ou alors un couloir, un défilé entre des massifs montagneux. Pourtant, malgré son nom, le Pas de Lona s'étale tout en largeur entre les Becs de Bosson et le Sasseneire, Le haut plateau qu'il révèle descend en plusieurs marches généreuses en direction de Grimentz.
Quelques mètres après le col, un névé large comme un cachalot recouvre le sentier qui amène à un lac, puis à des méandres bleus et à des petits marais verts. On trouve là quelques discrètes raretés, des herbes d'origine arctique que des botanistes passionnés viennent contempler, parfois de très loin.
Le temps s'arrête. La pureté des lieux nettoie de tous les soucis. L'air est vif, le soleil doré. Les ombres déjà s'allongent. Et le ventre gargouille. Peut-être serait-il temps de rejoindre en un dernier effort l'accueillante cabane située un peu plus haut, sur la gauche, à côté du Col de la Tsevalire. Il paraît qu'on y mange terriblement bien…

Eclairage par Reynald Delaloye

Escapade parmi les lacs du Pas de Lona

Reynald Delaloye

Reynald Delaloye

Professeur en géomorphologie alpine

  • 1970 Naissance à Ardon (VS).
  • 2004 Etudes de géographie à l'Université de Fribourg, puis doctorat sur le permafrost.
  • 2008 Nommé Professeur à l'Université de Fribourg.

Le plateau de Lona est soumis à des conditions climatiques très rigoureuses. La température annuelle moyenne du sol oscille entre -1 et +1°C. C'est le domaine de ce qu'on appelle le permafrost discontinu, une des spécialités du Professeur Reynald Delaloye. En hiver, le terrain imbibée d'eau gèle jusqu'à grande profondeur. En été, seuls les trois premiers mètres dégèlent pendant quelques mois. « L'alternance de milliers de gels et de dégels en surface crée à la longue ce qu'on appelle des sols polygonaux, de curieux arrangements qui trient graviers et cailloux un peu plus gros en motifs géométriques. » Ailleurs, ces oscillations entre les saisons provoquent aussi des espèces de petits glissements de terrain au ralenti, une solifluxion que les scientifiques de l'Université de Fribourg suivent et mesurent attentivement depuis une vingtaine d'années. A Lona, il y a comme une grosse langue d'éboulis qui semble se jeter dans le lac. C'est ce qu'on appelle un glacier rocheux, une épaisse masse de cailloux gorgée d'eau de fonte transformée en glace par la rigueur des lieux. Cette coulée apparemment immobile descend de quelques dizaines de centimètres par an. « On trouve d'autres glaciers rocheux dans la région, dont un qui se jette dans le lac du Louché, de l'autre côté des Becs de Bosson. Nos mesures montrent une accélération de leur mouvement provoquée par l'élévation des températures. » Ces études ont aussi révélé qu'un vrai petit glacier recouvrait le glacier rocheux de Lona lors du refroidissement survenu entre le XVIe et le XIXe siècle. « Mais les dernières traces de glace visible près du lac ont disparu voici une vingtaine d'années. »

Itinéraire

Accédez à la carte détaillée de cette balade dans le PDF en bas de page.

La belle montée

distance: 7 km

dénivelé:1321 m en montée

durée: 4h30

  • (1) Départ au teminus du bus postal La Crettaz. Prendre le sentier balisé qui serpente entre chalets et prairies jusqu'au Tsalet d'Eison (2).
  • Poursuivre en direction de l'alpage de L'A Vieille (3) et monter ensuite jusqu'au Pas de Lona (4).
  • Depuis le col, il vaut la peine de descendre admirer le lac de Lona (5) et son glacier rocheux, voire de s'y baigner.
  • Prendre ensuite le sentier qui monte sur la gauche jusqu'à la cabane des Becs de Bosson (6).

Et pour le lendemain…

distance 8 km

dénivelé : 120 m en montée, 1500 m en descente

durée : 4h30

  • Depuis la cabane, descendre derrière le Col de la Tsevalire pour trouver un sentier de mieux en mieux marqué qui donne accès au Vallon de Réchy, une vallée magnifique et préservée et au lac du Louché (45 min) (7).
  • Retour à la cabane ou petite montée jusqu'au Pas de Lovégno (35 min) (8) qui permet de descendre à l'alpage de Lovégno (9), puis jusqu'au village de Trogne (3h)(10).

La variante courte

Un aller ou un retour plus court est possible en partant depuis la station touristique de Grimentz, côté Val d'Anniviers et en utilisant la télécabine de Bendolla qui monte à une altitude de 2129 m. Compter ensuite environ 2h jusqu'au Pas de Lona (4) et 45 minutes supplémentaires jusqu'à la cabane (6).

Accès en transports publics

Bus fréquents depuis la gare CFF de Sion pour Eison/La Crettaz. Le trajet dure environ 55 minutes avec parfois un changement à la halte de Fontany. Horaire complet sur http://cff.ch

Manger & dormir

Cabane des Becs de Bosson / +41 27 281 39 40, http://cabanedesbecs.ch

Matériel & règles d'or

  • Bonnes chaussures de marche, polaire, coupe-vent, casquette et lunettes de soleil à prendre par tous les temps, ainsi qu'à boire et à manger en suffisance.
  • Tenez compte des prévisions météo et évitez les temps orageux.
  • Sur le plateau de Lona, ne sortez pas des sentiers balisés.
  • Evitez le samedi 23 août, date du Grand Raid qui voit des centaines de cyclistes relier Verbier à Grimentz en passant par le Pas de Lona.

Ailleurs dans la région…

Escapade parmi les lacs du Pas de Lona

Pyramides d'Euseigne / © Sebastien Morard

A) Pyramides d'Euseigne La route principale qui remonte le Val d'Hérens en direction d'Evolène passe à travers un petit tunnel sous l'une des plus spectaculaires curiosités géologiques de la chaîne alpine : des pyramides constituées par érosion d'anciennes moraines formées durant la dernière glaciation. Petit à petit, la roche friable a disparu, sauf sous quelques gros blocs de pierre qui coiffent et protègent ces « cheminées de fées ».

B) Gorges de la Borgne Depuis Euseigne, un itinéraire balisé permet d'explorer la partie inférieure du Val d'Hérens le long des gorges de la Borgne. Paysage spectaculaire et ambiance méditerranéenne garantie avec chants de cigales et parfum de pin chauffé au soleil. Il est possible de descendre jusqu'à Bramois ou de s'arrêter à Vex. Dans les deux cas, il y a des bus qui conduisent à Sion ou remontent la vallée. http://cff.ch

C) Lac Bleu Quelques kilomètres avant Arolla, voici le hameau de La Gouille également accessible en bus postal. Un sentier balisé grimpe dans une forêt d'aroles et de mélèzes pour atteindre en une demi-heure de marche un lac aux eaux turquoise qui reflète le Mont-Collon et les autres sommets des environs.

D) Evolène De même que Les Haudères, La Tour, La Sage et La Forclaz, le vieux village d'Evolène vaut le détour pour ses très vieux chalets, raccards et autres constructions traditionnelles qui font la fierté des habitants du Val d'Hérens. http://evolene-region.ch

E) Vallon de Réchy C'est un petit val sauvage entre les grandes vallées d'Hérens et d'Anniviers. Un concentré de nature et de paysages presque vierges. On peut y accéder par en haut via la cabane des Becs de Bosson et explorer les alentours du Louché… ou par en bas depuis le village de Vercorin par une télécabine qui monte au Crêt-du-Midi.

Couverture de La Salamandre n°223

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 223
Août - Septembre 2014
Article N° complet

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