Un Parc national en gestation

Le haut plateau de la Greina, situé à 2300 m d’altitude, est un sanctuaire de diversité floristique et géologique. En 1986, les oppositions de la population avaient provoqué l'abandon du projet de construction d'un barrage hydroélectrique sur le site. / © Alessandro Staehli

1060 km2 de nature au cœur des Alpes suisses, entre les Grisons et le Tessin : le rêve d'un nouveau Parc national pour 2015 se concrétise petit à petit. Le point avec la cheville ouvrière du projet.

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Stefano Quarenghi

Ingénieur de formation, Stefano Quarenghi a travaillé en Colombie pour des projets d'aide au développement. La sauvegarde de la nature et la recherche d'un modèle de vie durable constituent sa mission. Il dirige le projet du Parc Adula depuis 2011.

Comment a commencé l'aventure et où en êtes-vous à ce jour ?

L'idée du Parc Adula est née en 2000, suite à une campagne de Pro Natura qui invitait toutes les communes suisses à proposer des projets pour la création d'un nouveau Parc national. Notre candidature a été acceptée en 2010. Nous en sommes aujourd'hui dans la phase de création proprement dite du parc. La charte qui en détermine la gestion sera soumise au vote des communes concernées en 2015.

En 1914, le Parc national suisse voyait le jour aux Grisons. Quels changements en un siècle ?

Une précision d'abord : selon les critères de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), le parc engadinois n'a pas le statut de Parc national. Il est qualifié de Réserve naturelle intégrale. Elle fut créée au début du XXe siècle pour faire face au développement anarchique des constructions dans les Alpes. Ce processus dévastateur s'est poursuivi jusqu'à nos jours. Au point que la région qui entoure le sommet de l'Adula (3402 m d'altitude) est désormais l'une des dernières de Suisse à réunir à la fois une culture, une nature et des paysages encore typiquement alpins. Une rareté à mettre sous protection, comme proposé par le projet de ce « deuxième » Parc national.

Quelles sont les menaces actuelles ?

La pression du tourisme et la soif d'énergie électrique, encore accrue ces temps par la sortie du nucléaire, deviennent de plus en plus fortes. Il y a 30 ans, je voyais moins la nécessité de protéger les Alpes. Leur inaccessibilité et leur étendue les protégeaient encore partiellement. Personnellement, je m'inquiète : qui peut me garantir par exemple que la plaine alluviale de la Greina, au cœur du Parc Adula, ne sera pas elle aussi sacrifiée pour les besoins de notre société ? Un cauchemar que nous avons failli vivre dans les années 1980...

Haut plateau de la Greina / © Alessandro Staehli

A noter que ce Parc national n'entraverait pas le développement du tourisme...

Au contraire ! Les objectifs du Parc Adula sont à la fois socio-économiques et écologiques. Le projet veut relancer l'économie des régions de montagne concernées de manière responsable, tout en valorisant et en protégeant les richesses naturelles et paysagères du territoire. D'une pierre deux coups !

Cette double fonction explique la structure d'un Parc national...

Oui. Environ 20% des 1060 km2 du Parc Adula constitueront la zone de protection centrale, où les activités humaines seront très réglementées et la nature laissée à elle-même. Le reste sera une zone périphérique, à rôle tampon. Elle bénéficiera de l'attractivité exercée par le parc.

Pourquoi la création d'un Parc national est-elle si importante pour la conservation de la nature ?

Notre idée ne se limite pas à vouloir sauver à tout prix un bout de nature perdu dans les montagnes. Le Parc Adula, en tant que Parc national, doit être le fer de lance de la protection de la nature. Son étendue géographique à cheval sur les trois régions linguistiques alémanique, italienne et romanche, la diversité de ses paysages, la richesse de ses espèces vivantes et la combinaison réussie entre économie et respect de la nature en font un cas exemplaire. Le premier vrai Parc national de Suisse a un potentiel très grand !

Et les autres parcs naturels, n'ont-ils pas le même rôle ?

Non. En raison de leur petite taille et de l'absence d'une zone centrale étendue, les nombreux parcs régionaux (> carte) ne peuvent simplement pas avoir la même force ou le même impact. Mais ils assurent évidemment eux aussi une protection fondamentale de la nature.
Si le Parc Adula est accepté le moment venu par la population des communes concernées, il pourra devenir une référence au niveau national et même à l'échelle internationale.

Réseau des parcs suisses TE/EB 2012 | Périmètres des parcs partiellement provisoires / © Source : Office fédéral de topographie | (5704002947)
Couverture de La Salamandre n°213

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 213
Décembre 2012 - Janvier 2013
Article N° complet

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