Par accident

Foulque macroule normale (à gauche) et leucique (à droite) / © Alessandro Staehli (image de gauche) / Chris van Rijswijk (image de droite)

Parfois, un problème génétique condamne un animal à la blancheur. Avec quelles conséquences ?

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Loin de camoufler ou de témoigner de la bonne santé d'un prétendant, le blanc apparaît parfois simplement par accident génétique. Albinisme, leucistisme, mutation brown et ino , dilution pigmentaire… Tels sont les principaux types d'anomalies qui amènent au blanc. Mais ces individus anormalement dépigmentés arrivent-ils à trouver un partenaire pour se reproduire ? Et surtout, comment sont-ils vus par les prédateurs ?

Panne de mélanine

Le Lapin blanc des « Aventures d'Alice au pays des merveilles » et le grand cachalot Moby Dick sont probablement les animaux blancs les plus célèbres de la littérature… sans que leur histoire nous révèle très clairement s'ils étaient albinos ou leuciques. D'ailleurs, sur le terrain, il n'est pas facile de distinguer ces différentes anomalies.
L'albinisme est une maladie génétique héréditaire qui touche tous les êtres vivants produisant la mélanine : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, mais aussi insectes ou mollusques. Les albinos ne possèdent pas de tyrosinase, une enzyme indispensable à la synthèse de ce pigment. Ils sont blancs, sauf si d'autres colorants assurent une coloration partielle. Leurs yeux sont rouges en raison du sang visible au travers de leurs tissus dépigmentés. D'ailleurs, ils voient très mal.
Chez les animaux leuciques, l'enzyme nécessaire à la production de la mélanine existe… mais ce sont les cellules spécialisées dans la pigmentation qui font défaut. Le leucique se différencie d'un albinos par ses yeux à l'aspect normal.
Parfois, la présence de plumes blanches peut avoir d'autres explications. Chez les corneilles noires par exemple, des rémiges partiellement ou totalement décolorées peuvent apparaître par suite d'une alimentation de basse qualité. Une anomalie surtout observée en ville où ces oiseaux consomment des déchets.

Défis d'une vie en blanc

Statistiquement, la naissance d'albinos et de leuciques est relativement courante. Mais pourquoi les observe-
t-on si rarement dans la nature ? Parce que le blanc a beaucoup d'inconvénients. En raison de leur mauvaise vue, les albinos peinent à trouver de la nourriture et à éviter les dangers. Et puis, la dépigmentation de leurs plumes ou de leurs poils les rend très visibles, même si les prédateurs ne semblent pas toujours apprécier ces proies à l'aspect inhabituel.
Les albinos ou les leuciques qui atteignent l'âge adulte parviendront-ils à se reproduire ? Les océanites tempête et les huîtriers pies rejettent les anormaux du groupe. Chez d'autres espèces comme la bernache nonnette, ils sont parfaitement tolérés. Exceptionnellement, l'albinisme peut même devenir fréquent au sein d'une espèce ou d'une population comme chez le tétra mexicain. La variété de ce poisson qui vit dans des grottes ne possède plus ni yeux, ni pigments. Tout simplement inutiles !

© Alessandro Staehli

Albinos, cible parfaite ?

A force de détecter ou de capturer plusieurs proies du même type, une image de recherche prend forme dans le cerveau du prédateur. Ainsi, lorsqu'il explore son territoire, un animal qui chasse à vue est particulièrement attentif à des cibles présentant des caractéristiques connues. Au contraire, il est moins attiré par une bête qu'il ne connaît pas, surtout si celle-ci est seule. Dans un centre de réhabilitation pour rapaces aux Etats-Unis, on a ainsi constaté que des faucons ne reconnaissent pas comme proies des souris blanches.
A l'inverse, quand un animal leucique ou albinos est détecté dans un groupe d'individus normaux, les prédateurs ont tendance à s'acharner sur lui. Dans ce cas, on dirait que leur attention est aimantée par cette curiosité. L'espérance de vie des bernaches nonnettes leuciques est par exemple quatre fois plus basse que celle des individus normaux…

© Christian Fosserat

© Alessandro Staehli

Pigment numéro 1

La mélanine est indispensable au développement embryonnaire de la rétine. Ce pigment sert aussi de filtre protecteur anti-UV dans la peau… un peu comme la couche d'ozone pour la terre. D'ailleurs, la production de cette protéine essentielle commence dans les tout premiers stades du développement de l'ovule fécondé.
La mélanine existe sous deux formes : l'eumélanine produit une couleur noire, grise ou brun-noir et la phéomélanine est responsable des teintes jaune-brun et rouge-brun. La couleur du plumage d'un oiseau ou de la peau humaine dépend essentiellement de la quantité de mélanine, même si d'autres pigments comme les caroténoïdes jouent aussi un rôle.

© Chris van Rijswijk
Couverture de La Salamandre n°220

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 220
Février - Mars 2014
Article N° complet

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