Beautés dans le vent

Groupées en longues inflorescences rameuses, les fleurs femelles de la grande ortie sont réduites au strict minimum. / © Gilbert Hayoz

A quelques millimètres des dards inquiétants de l’ortie s’épanouit une floraison discrète et belle. Qui a dit que l’ortie n’avait pas de fleurs ?

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Ortie, beauté dans le vent - La Salamandre

Fleurs femelles de la grande ortie / © Gilbert Hayoz

A première vue, même sous la loupe, les fleurs de notre mauvaise herbe ne révèlent rien d’attirant. D’ailleurs, peut-on véritablement parler de fleurs face à ces grappes brunâtres qui pendent misérablement à l’aisselle des feuilles urticantes ? Où sont passés les pétales, les parfums, les couleurs de l’amour ? La proximité des dards venimeux n’encourage pas à tirer cette affaire au clair.

Zoom périlleux

Malgré ses réticences, « La Salamandre » a zoomé encore et encore jusqu’à trouver belles les minuscules fleurs de la grande ortie. Une grappe produite par un pied mâle. Ici, chaque grain vulgaire devient élégante et rebondie cupule violette qui s’ouvre en quatre pans en déployant autant d’étamines.

Portée par un pied femelle, une grappe qui, agrandie, révèle une guirlande de polypes coralliens. Là, les fleurs sont résumées à l’essentiel : un ovaire surmonté d’un style aux bras plumeux.

La loi du nombre

Les sexes sont prêts et la fête peut commencer. Mais l’économie avec laquelle l’ortie conçoit ses fleurs a une raison : c’est le vent et non le vol des insectes qui fait le travail. Elle exhibe donc ses organes en toute impudeur, histoire de limiter les obstacles à la pollinisation. Cette abondance de fleurs simples, les mâles encore plus nombreuses que les femelles, rappelle la stratégie du noisetier, du frêne ou du bouleau, qui déversent chaque printemps dans l’air des quantités presque industrielles de pollen.

Feurs mâles de la grande ortie / © Gilbert Hayoz

La clé du succès

Les ovaires plumeux qui auront capté une poussière de pollen mûriront en graines légères dispersées à leur tour dans les airs. La grande ortie, dont les sexes ont fleuri sur des pieds séparés, est prête à s’envoler vers de nouvelles terres qu’elle colonisera ensuite par ses racines vivaces. Annuelle, la petite ortie ne pourra quant à elle compter que sur ses graines pour épaissir ses peuplements. Mais, riche de 1’200 rejetons potentiels par pied, elle a de quoi voir venir. C’est ainsi que, avec leur belle vigueur et grâce au profit tiré de nos déchets, elles ont l’une et l’autre conquis le monde.

Une fois ouverts, les quatre sépales bordeaux qui protègent les fleurs mâles libèrent quatre étamines.

Piquante pour les humain, l'ortie se fait douce à l'égard des insectes. Continuez votre lecture avec notre article "Papillons et compagnie".

Conquérantes et dominatrice, celles que l'on appelle affectueusement «les petites fleurs» sont de vraies sex machines qui ont conquis la planète. Apprenez-en plus ici.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à l’ortie : L’ortie, une vraie peste ?

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Couverture de La Salamandre n°178

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 178
Février - Mars 2007
Article N° complet

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