Omniprésent

© Gilbert Hayoz

Ils vivent parmi nous. Reste, pour qui veut les voir, à déjouer les tours des myxomycètes en forêt ou dans son jardin.

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Omniprésent - La Salamandre

© Michel Poulain

Pour s’épanouir, que demande un myxomycète ? A manger. Et où en trouve-t-il en quantité ? Dans le sol, dans le bois pourri, partout où de la matière végétale se décompose. En forêt certes, mais aussi dans les jardins sur des composts, des tas de branches ou d’herbe fauchée.
Ce n’est pas tout. Notre amibe géante a besoin d’humidité, mais pas en permanence. Des périodes relativement sèches sont nécessaires à la maturation de ses spores. L’alternance entre sec et humide et entre chaud et froid convient parfaitement aux myxomycètes. Ils aiment nos climats tempérés. En revanche, leur diversité est plus faible dans les régions tropicales qui ne connaissent pas ces contrastes.

Omniprésent - La Salamandre

© Gilbert Hayoz

Jeux de lutins

Sachant cela, nous pouvons partir à leur recherche. Le meilleur moment ? Cinq ou six jours après une forte pluie. Commence alors un véritable jeu de cache-cache dans un univers de lutins. Il faut avancer doucement, écarquiller les yeux, inspecter les écorces, les tiges, le sol. A quatre pattes, prêt à toucher du gluant, de l’humide, du terreux. Tiens, une limace ! Oh, un lactaire !
Avec un peu de patience, nous avons de bonnes chances de trouver des fructifications. Mais attention : rappelons que les photos de ce dossier sont des agrandissements ! La plupart de ces trésors à la beauté discrète ne dépassent pas deux ou trois millimètres de haut. Ils méritent largement d’être dégustés à la loupe.

Omniprésent - La Salamandre

© Karlheinz Baumann

Jeux de malins

Beaucoup plus gros, les plasmodes sont plus imprévisibles. Certains peuvent vivre des mois à l’intérieur d’un tronc mort avant d’en surgir comme par enchantement. Ils sortent pour manger, pour fructifier ou tout simplement pour faire un petit tour. D’autres disparaissent dans le sol dès qu’on a le dos tourné. Enfin, si vous en ramenez un à la maison, n’oubliez pas de fermer votre boîte, pour éviter bien sûr qu’il ne s’échappe.
Vous ne me croyez pas ? Je connais quelqu’un qui a eu la surprise de retrouver le lendemain sa boîte vide et le plasmode qu’elle contenait en train de fructifier tranquillement non loin de là.

Long sommeil

La vie d’un myxomycète est faite de phases actives et de pauses. Celles-ci peuvent durer très longtemps. La spore, tout d’abord, peut sommeiller des années avant de libérer son contenu. L’amibe pour sa part est capable, s’il fait trop sec par exemple, de se contracter en perdant une grande partie de son eau. Immobile, comme morte, elle attend son heure.
Le plasmode, malgré sa grande taille, est doué d’une propriété similaire. Quand la sécheresse menace et qu’il ne peut se réfugier ni dans le sol, ni dans le bois, sa gelée coagule. Elle se solidifie pour des mois s’il le faut. Quelques gouttes d’eau suffiront pour réanimer cette princesse endormie.
Malgré l’extrême fragilité que suggère leur corps informe, les amibes géantes sont des dures à cuire. En fait, la métamorphose du plasmode en fructifications est le seul moment où elles ne peuvent ni s’enfuir ni se barricader. Il suffit alors d’un caprice de la météo pour que le processus avorte.

Couverture de La Salamandre n°171

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 171
Décembre 2005 - Janvier 2006
N° complet

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