Ombrelle, beau village

© Laurent Willenegger

Le sureau noir a décoré sa parure verte de pompons blancs parfumés. Maigre et chétif il y a quelques mois, il joue l’opulence entre mai et juin. Insectes et araignées s’y régalent.

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Visibles de loin, ses ombelles surmontées d’étamines hirsutes attirent l’œil. Les fleurs du sureau taquinent les narines de leur odeur puissante. Mais les avis sont mitigés sur ces effluves. Pour certains, c’est la vanille, pour d’autres, ça pue. Quant à tous les insectes qui viennent agiter leurs antennes sur ces parasols blancs, ils paraissent un brin éméchés.

Visite du zoo

© Laurent Willenegger

Il est presque midi. Dopés à l’énergie solaire, les insectes agitent leurs ailes et se dirigent tout droit sur les pompons blancs.
La cétoine y roule sa carapace depuis un moment. Les pattes empêtrées de pollen, elle semble incapable de décoller.

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Son cousin le charançon est plus prudent. Il évite les ombelles et balade son rostre entre les feuilles. Le myrtil ne fera qu’une rapide incursion sur un corymbe pour y tremper sa trompe. Le nectar ne semble pas au goût du papillon déjà envolé. Et puis il y a ces minuscules moucherons qui volent sur place les pattes pendantes. Hésitants, ils approchent des fleurs par à-coups. Ne vont-ils jamais se poser ?

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On aime, on n’aime pas

Beaucoup d’invertébrés gravitent autour de notre arbre. Mais la plupart ne font qu’y passer. Il y a quelques années, un Anglais a compté les insectes mangeurs de plantes en visite sur différents arbustes entre avril et octobre. Il en dénombra 95 sur le sureau noir contre 454 sur l’églantier et 1799 sur la viorne lantane. Pour les insectes, le sureau n’est pas spécialement bon à manger. L’arbre contient des composés proches du cyanure, la vicianine et la sambunigrine, qui donnent aux feuilles leur odeur caractéristique. Seules quelques petites bêtes parviennent à digérer le poison au point de se nourrir exclusivement de cette plante.

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A l’abri des regards

S’il n’est donc pas du genre à s’offrir en pâture, le sureau accueille volontiers les visiteurs. Il est le théâtre de scènes cocasses et romantiques. Une chenille multicolore coiffée de deux touffes de poils s’enroule autour de ses branches, les tipules s’y amourachent tête-bêche, un éphémère juste éclos sèche ses ailes fumées à l’abri des regards. On pourrait croire que tout est rose au cœur de l’arbre aux fées. Mais la vie prend parfois une tournure tragique.

© Laurent Willenegger

L’ennemi guette

La foule des visiteurs attire forcément une horde de prédateurs. Déguisé en guêpe, le syrphe est pour nous totalement inoffensif. Ce n’est pas par hasard que cette grosse mouche vient se poser sur le sureau. Elle y a repéré des colonies de pucerons dont ses larves ne feront qu’une bouchée.

Sur une feuille enroulée, un autre drame a déjà été consommé. Des pattes emmêlées, une demi-aile, une paire d’antennes plumeuses, c’est tout ce qui reste du chironome qui a eu le malheur de foncer dans la toile de l’araignée courge. Repue, la peau de son abdomen jaune bien tendue, la carnassière se repose un peu plus loin. Laissons-la digérer son festin et tournons-nous vers les insectes plus forts que le cyanure.

© Laurent Willenegger
Couverture de La Salamandre n°193

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 193
Août - Septembre 2009
Article N° complet

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