La chorale des becs et des plumes

Rousserolle verderolle / © Markus Varesvuo / Bios (photomontage Jean-Luc Wisard)

Virtuoses incontestés, les oiseaux ont inventé leur propre instrument pour égrainer de longues et riches envolées lyriques.

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Tendez l'oreille en ce matin d'avril. Pas de doute, ce sont eux, la voix de la nature. Les oiseaux jouent leur concerto printanier où que l'on se trouve. Par chance, ils s'expriment souvent dans nos gammes et nous partageons leur enthousiasme.
De tout temps, ce langage a fait écho à notre imaginaire. Un cri de corbeau, mauvais augure, un hululement de chouette, angoisse nocturne… Au contraire, un sifflement de merle enchante et un coucou annonce la nouvelle heure. Alors, qu'ont-ils de particulier pour être les stars de l'orchestre animal ? Un joujou extra: la syrinx. Cet organe acoustique est situé à la base de la trachée exactement où se rejoignent les deux bronches. La syrinx accueille l'air qui vient des sacs aériens, sortes d'annexes du système respiratoire. La tension des membranes qui vibrent à son passage est modulée par des muscles dont le nombre définit la virtuosité du chanteur. Une seule paire chez la poule, quatre à sept chez les passereaux.
La syrinx est composée de deux moitiés symétriques qui peuvent être utilisées indépendamment l’une de l’autre. En général, elles produisent le même son, mais les oiseaux peuvent émettre deux sons de différentes fréquences à la fois. C'est le cas chez le manchot ou chez l’étourneau sansonnet qui combine des phrases mélodieuses avec des éléments brefs et claquetants.
Les plus doués sont qualifiés d'oiseaux chanteurs. Ils sont capables d'apprentissage. Même si la base de leur langage spécifique est innée, ils acquièrent des finitions, des particularités individuelles ou des dialectes régionaux au contact de leurs parents puis des congénères. Et il n'y a pas que les petits passereaux qui peuvent prendre des cours de chant. Les corvidés, l'air de rien, ont plus d'un son dans leur gorge. On compte par exemple 81 types de cris différents chez le grand corbeau.
Sur les dix mille espèces d'oiseaux connues dans le monde, quatre mille chantent. Belle chorale.

Imiter

Les oiseaux chanteurs sont capables d'apprendre la partition de leur espèce et même des accents régionaux. Pas étonnant que certains réussissent à jouer la partition d'un voisin ! Il y a même des experts de l'imitation. Le rougequeue à front blanc, l'étourneau sansonnet, la fauvette à tête noire, la grive musicienne… Différencier la copie de l'original demande un peu d'expérience. Un chant de loriot en mars ? C'est un étourneau ! Une buse qui crie dans le pommier du jardin ? Probablement un geai des chênes.

Le chant des oiseaux

Loriot d’Europe / © Jordi Bas Casas / Bios

L'accent tropical

Son plumage d'un jaune éclatant trahit une origine tropicale que sa ritournelle flûtée conforte. Le loriot d'Europe est facile à imiter en sifflant. Un bon truc pour l'apercevoir et le faire sortir de sa canopée où il aime rester invisible.

Le chant des oiseaux

Cincle plongeur / © Alan Williams / npl

Cascade de notes

Le riche babil du cincle plongeur est fait de cris perçants, de sifflements et de gazouillis. Les notes stridentes sont une bonne façon de se distinguer du fond sonore de la rivière et de se faire entendre des voisins. Mâle et femelle chantent, même en plein hiver.

Le chant des oiseaux

Cygne tuberculé / © Christophe Ravier / Bios

Le cri du muet

Le cygne tuberculé est parfois appelé cygne muet. On entend fréquemment son mécontentement au bord du lac. En fait, sa voix ne vient pas de la syrinx mais de sa longue trachée.

Le chant des oiseaux

Rousserolle verderolle (photomontage Jean-Luc Wisard) / © Markus Varesvuo / Bios

La voix des autres

La rousserolle verderolle peut imiter les motifs de 212 espèces d'oiseaux, parmi lesquels de nombreux chanteurs qu'elle côtoie dans ses quartiers d’hiver en Afrique.

Pour ravir les oreilles curieuses

Dégustez les séquences audio proposées par Boris Jollivet !

Couverture de La Salamandre n°227

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 227
Avril - Mai 2015
Article N° complet

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