Nuages aphrodisiaques

Cône de mélèze (Larix decidua) / © Gilbert Hayoz

Les conifères sont les premiers à s'affranchir de l'élément liquide pour vivre leur sexualité au sec et sans entraves.

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Le Jurassique. L'âge d'or des grands dinosaures mais aussi celui des conifères, des arbres et des arbustes qui se répandent alors sur tous les continents. Avec leurs cousins cycas et ginkgos, les conifères dominent alors la flore terrestre. Voici venu le temps des phanérogames, des plantes dites à « mariage visible » porteuses de plusieurs grandes innovations. L'apparition de la graine en est une. Contrairement à la spore, la graine est un coffre-fort ultra-résistant qui peut protéger l'embryon mis en stand-by pendant des mois, voire des années. Et puis, les conifères développent un nouveau type de fécondation qui évite enfin les aléas de la migration aquatique des anthérozoïdes.

© Gilbert Hayoz

Cônes dressés...

Les sapins, mélèzes et autres cyprès ne possèdent pas encore de fleurs. Mais au printemps, ils produisent des cônes mâles ou femelles. Les premiers apparaissent à la base des jeunes pousses de l'année. A maturité, ils produisent un nuage de pollen couleur soufre. Chaque grain de pollen est équipé de deux ballonnets gonflés d'air disposés de part et d'autre du gamète. Le vent fera le reste.
Les cônes femelles apparaissent un peu plus tard à l'extrémité des rameaux. Inutile de se développer avant que le pollen ne soit lancé à leur rencontre. Quand celui-ci est arrivé, les écailles femelles se soudent et referment la toute jeune pomme de pin en une forteresse imprenable. L'union entre l'anthérozoïde et l'oosphère est mise en attente jusqu'au printemps suivant. Mais le premier n'a plus besoin de nager jusqu'à la seconde. Il pénètre le moment venu l'organe femelle en développant une sorte de tube.

... et pignes gonflées

Une fois fécondée, la pigne grossit. De verte, elle devient brune, protégeant ses graines jusqu'à maturité. Suivant les cas avant ou après qu'elles sont tombées à terre, les écailles s'ouvrent et libèrent les pignons. A moins que des oiseaux ou des écureuils ne se soient déjà servis.
Premiers végétaux intégralement terrestres dans leur reproduction, les conifères ont perdu leur suprématie lors du prodigieux développement des plantes à fleurs durant le Crétacé. On n'en compte plus que 650 espèces contre des dizaines de milliers à l'état fossile. N'empêche qu'aujourd'hui encore, c'est parmi eux que l'on compte les plus grands et les plus vieux végétaux du monde : un Sequoia sempervirens de 115 m de haut et un Pinus longaeva âgé de 4700 ans, tous deux situés au sud-ouest des Etats-Unis.

Couverture de La Salamandre n°214

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 214
Février - Mars 2013
Article N° complet

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