Nostalgie et enjolivures

Noël sous la neige. Une réalité dans les Alpes, ailleurs un mythe romantique la plupart du temps. / © Jacques Rime

Pas de vrai Noël, dit-on souvent, sans sapin ni neige. Et si nos désirs et nos souvenirs ne correspondaient pas à la réalité ?

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Il a neigé toute la nuit et, ce matin, c’est Noël. Après un tour en forêt et une belle bataille de boules de neige, tout le monde rentre au chaud. On ranime le feu, on décore le sapin, on prépare le banquet. Les guirlandes, les bougies, les cadeaux: c’est la fête. Et c’est ainsi que la plupart d’entre nous imaginent le Noël de leurs rêves, indissociable d’une belle neige fraîche et légère.

La réalité du climat…

On se rappelle les plus belles fêtes et on oublie les autres… Malgré nos magnifiques souvenirs, les travaux de la climatologue Martine Rebetez laissent peu d’espoir en la matière. D’abord un constat : la plupart d’entre nous, en France comme en Suisse, vivent en plaine à une altitude inférieure à 500 mètres. Grâce à des mesures établies depuis 1931, on sait que, dans de telles conditions, moins d’un Noël sur cinq est enneigé.
Pour avoir une belle neige une année sur deux, il faut monter à 1’000 mètres. Mais c’est au-delà de 1’500 mètres qu’un Noël sans neige devient l’exception. Même à Montana, en Valais, à une altitude de 1’495 mètres, il n’y a pas de neige du tout une année sur cinq, et moins de 10 cm une année sur trois.
« Si l’idée de la présence de neige à Noël ne s’appuie pas sur l’observation de la réalité, d’où vient-elle donc ? » se demande la climatologue dans un ouvrage passionnant consacré à notre perception du climat. En fait, cette aspiration à un 25 décembre blanc et silencieux n’est pas aussi ancienne qu’on pourrait le croire.

... et un rêve

romantique Il semble que ce soient les Anglais, chez qui d’ailleurs il neige peu, qui ont eu cette drôle d’idée. Avant 1850, les cartes de vœux envoyées pour les fêtes à Londres ou Cambridge ne représentaient jamais de paysage enneigé. Pourtant, quelques années plus tard, c’est devenu la règle. Peut-être à la suite de la découverte par les Britanniques fortunés des Alpes et du tourisme hivernal.
Quoi qu’il en soit, ce phénomène de mode va se perpétuer jusqu’à nos jours et s’exporter sous toutes les latitudes. Les Brésiliens, les Australiens et les Chypriotes fêtent Noël presque comme nous, avec de faux sapins et de la fausse neige…
Si c’est raté pour le 25 décembre, les mois de janvier et de février, où habituellement les chutes de neige sont plus fréquentes, s’annoncent-ils sous de meilleurs auspices ?
Pas sûr. Catégoriques, les statistiques rejoignent l’inquiétude populaire. L’enneigement à Lausanne, Lyon, Besançon ou Fribourg a diminué d’un tiers en vingt ans, c’est un fait indiscutable et nous en sommes tous responsables.

« Celui qui parle de temps ne parle de rien, mais au moins ne dit-il pas de mal de ses voisins. » Franches-Montagnes (JU)

Vous avez vu ce temps...

Les dictons sur le temps qu’il fait disent tout et son contraire. Mais parfois ils ont raison… Quel trésor que ces milliers de dictons qui nous entretiennent du temps qu’il fait et qu’il fera! Quelle joie d’en éparpiller quelques-uns sur la neige entre les pages de ce dossier!
La climatologue Martine Rebetez en a recueilli plus de 1’200 en Suisse romande. Elles les a classés, analysés puis confrontés aux statistiques météorologiques. Surprise: il s’est avéré que beaucoup de vieilles sentences en patois disaient juste. Nos grands-parents n’ont pas attendu les satellites et ordinateurs pour observer les mille petits signes de la nature, pour prévoir le temps des semailles et celui des récoltes. Ils ont su résumer cette sagesse populaire en phrases parfois bien senties.
Aujourd’hui encore, même si le temps qu’il fait a perdu de son importance dans notre société urbaine et technologique, même si ceux qui vivent de la terre et qui scrutent chaque matin le ciel avec inquiétude sont toujours moins nombreux, le temps reste le grand sujet de conversation. S’en plaindre, s’en réjouir, voilà un petit plaisir à déguster chaque jour, comme en témoigne le beau dicton jurassien qui figure sur cette page…

Couverture de La Salamandre n°165

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 165
Décembre 2004 - Janvier 2005
Article N° complet

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