Noces royales sur la corniche

Couples d'aigles royaux. Le mâle à gauche, la femelle à droite. / © Denis Clavreul

C'est l'arrivée des beaux jours, et le moment de procréer pour les aigles. Avec tendresse, le duo s'applique à s'accoupler.

Avatar de Alessandro Staehli
- Mis à jour le
Article d'origine par
Noces royales sur la corniche des aigles

© Denis Clavreul (dessin), Jean-Luc Wisard (montage)

Début mars, l'aire est prête. La brise fait encore et toujours danser les flocons, l'atmosphère est magique. Et l'excitation à son comble chez les aigles royaux. Après des semaines de cour mutuelle en plein ciel, c'est le grand moment. D'un vol bref, le mâle rejoint la femelle sur un perchoir de confiance. Celle-ci stimule son conjoint en orientant son dos à l'horizontale, les ailes parfois légèrement ouvertes. Le mâle, un peu gauche, tient ses serres fermées pour éviter de blesser sa partenaire et lui grimpe dessus. Un peu comme s'il marchait sur des tisons, les ailes entrouvertes pour garder l'équilibre.
Les deux amants écartent leur queue et accolent leur cloaque l’un contre l'autre. Sans pénétration, car l'aigle n'a pas de pénis, contrairement aux canards ou aux oies. Le contact intime entre les oiseaux est accompagné d'un sifflement calme émis par la femelle et c'est déjà terminé. L'approche et le baiser cloacal n'ont duré que 20 secondes. Les partenaires se tiennent ensuite à quelques mètres de distance, comme étourdis, pendant quelques dizaines de minutes.

Abonnement à l'accouplement

Les accouplements s'intensifient avant la période de ponte et ont lieu plusieurs fois par jour. Mais ils peuvent s'observer toute l'année. Chez l'aigle, la sexualité ne joue pas uniquement un rôle reproducteur. Elle renforce aussi les liens du couple, l'entente et la confiance réciproques. Comme chez nous.
Les jours précédant la ponte, la femelle reste perchée pendant des heures en haut d'un éperon rocheux non loin du nid. Elle paraît contempler son royaume enneigé. Dans ses entrailles, la maturation des œufs demande beaucoup d'énergie. A cette période et à cette altitude, il gèle encore de nuit comme de jour.

© Denis Clavreul

Room service !

Heureusement, le mâle participe au bon déroulement du processus embryonnaire. Il chasse pour elle et lui rapporte des proies entières. Au moment venu, la reine ne sortira quasiment plus, signe inéluctable d'une ponte soudaine. Elle produira généralement deux œufs, rarement un ou trois. Comme la poule, l'aigle femelle n'est capable de maturer qu'un seul œuf à la fois. D'autres accouplements sont donc nécessaires pour assurer la fécondation d'un autre ovule. Le deuxième œuf est pondu 3 à 4 jours après le premier.

Durant les deux mois et demi de la couvaison, la femelle quitte rarement son nid. / © Denis Clavreul

Durant les deux mois et demi que va durer la couvaison, la femelle ne quittera le nid que pour de courtes expéditions. Son alimentation est toujours garantie par son partenaire. Il ne dépose plus les proies dans l'aire, mais sur un reposoir visible depuis le nid. Cette stratégie évite probablement à la couveuse, euphorique à la vue d'une appétissante marmotte, de piétiner ses œufs. Pendant que lui prend le relais sur le site de ponte, elle peut s'élancer et frôler les pins rabougris de la crête. Deux fois par jour, la future mère peut enfin se dégourdir les ailes et savourer trois quarts d'heure de liberté sauvage.

Noces royales sur la corniche des aigles

Les œufs sont rarement laissés seuls, mais, en cas de dérangement humain, l'aigle royal abandonne son nid. / © Denis Clavreul

Un puissant si vulnérable

Malgré sa stature, l'aigle cache une grande vulnérabilité. Notamment durant la nidification. Les œufs sont rarement laissés seuls et jamais plus d'une heure. Qu'un photographe inconscient, un parapentiste non averti ou un randonneur trop curieux vienne trop près et c'est la catastrophe. Le farouche rapace n'hésite pas à déserter l'aire et abandonner ses œufs. Non couvés, ceux-ci sont victimes du froid ou du grand corbeau. Les pontes de remplacement sont très rares. Une année de perdue !

Noces royales sur la corniche des aigles

© Denis Clavreul

Anticiper sa reproduction en hiver est une stratégie qui paie. Les proies abondent et les journées rallongent, pile au moment où les aigles doivent nourrir leur progéniture. Cette synchronisation parfaite entre le cycle de reproduction et le rythme des saisons a aussi été adoptée par le gypaète barbu.

Couverture de La Salamandre n°215

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 215
Avril - Mai 2013
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir