Pourquoi des records de neige en plein réchauffement ?

© Paolo Giovannini

Robert Bolognesi est nivologue, directeur de Meteorisk et éditeur de la revue Meteo Magazine. Il nous explique pourquoi il peut neiger beaucoup en montagne malgré le réchauffement climatique.

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Bien que l’hiver 2014 ait été le 3e le plus chaud enregistré en Suisse depuis 150 ans, il est tombé près de quatre mètres de neige fraîche entre décembre et février en Haute-Engadine, dans le canton des Grisons ! L’hiver le plus enneigé depuis 1950.
Des températures douces n’entraînent pas nécessairement de faibles précipitations. Dans les Alpes, les chutes de neige hivernales ont deux origines principales : les courant de nord à nord-ouest qui viennent de l’Atlantique, et ceux du sud de Méditerranée. Ces derniers, doux et très humides, instaurent une situation de fœhn. En plaine et au fond des vallées alpines, les températures sont plus douces que la normale, mais elles sont encore suffisamment basses en altitude pour que les précipitations tombent sous forme solide. Les chutes de neige sont alors considérables sur le Tessin, la région du Simplon et sur le sud de la crête principale des Alpes.
Cet exemple montre que le réchauffement climatique peut induire un enneigement faible jusqu’en moyenne montagne, mais au contraire très abondant à haute altitude.

Ces fortes chutes de neige en haute montagne peuvent-elles ralentir la fonte des glaciers ?

Oui, en théorie. L’abondance des précipitations accumulées lors de ces hivers doux mais neigeux forme à la fois de la glace potentielle et une protection pour la glace existante. Mais la fonte estivale est souvent plus forte que l’accumulation hivernale… et le bilan annuel reste malgré tout négatif. Pour que de grosses chutes de neige arrêtent le recul des glaciers, il faudrait aussi des étés frais et peu ensoleillés.

Ces hivers doux vont-ils se généraliser dans les Alpes ?

En fait, les modifications climatiques en cours devraient se traduire par des hivers de plus en plus contrastés. On devrait connaître plus souvent des épisodes doux même s’il n’est pas exclu que survienne de temps en temps une saison très rigoureuse, ou même plusieurs de suite. Il est probable que l’enneigement moyen va continuer à diminuer ces prochaines décennies à basse altitude. Les études du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) révèlent une réduction de la superficie de la couverture neigeuse dans l’hémisphère Nord depuis le début des années 1990. Bien que l’on constate des variations régionales, la tendance générale est assez nette.

Fœhn

nom masculin

Le fœhn est un vent local qui souffle chaque fois qu’un fort courant franchit une chaîne de montagnes. Dans une situation classique de fœhn du sud, de l’air humide et chaud provenant de la Méditerranée atteint le versant sud des Alpes. Comme il ne peut pas contourner la chaîne, il monte en se refroidissant. En général, la vapeur d’eau qu’il contient se condense alors et génère des nuages. Ceux-ci apportent de la pluie ou de la neige en hiver. Ces précipitations dites de barrage peuvent être extrêmement intenses sur le versant sud des Alpes. Lorsque l’air redescend sur le versant nord, il est asséché et se réchauffe plus vite. Le thermomètre affiche alors à même altitude une température nettement plus élevée au nord des Alpes qu’au sud.

Couverture de La Salamandre n°225

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 225
Décembre 2014 - Janvier 2015
Article N° complet

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