S’accrocher à la vie

Pipistrelle commune, la plus répandue de nos chauves-souris. / © Yann Le Bris

Qu'on soit maman pipistrelle, noctule ou rhinolophe, la tradition veut qu'on se regroupe en nurserie au printemps. Avec une seule idée en tête, mettre bas et élever son unique jeune.

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Fin juin, un vieux raccard quelque part au-dessus de Martigny (Valais). Le soleil frappe fort le bardage du mur ouest. L'ombre d'un grand frêne atténue un peu la chaleur étouffante qui règne derrière les planches de mélèze. C'est là qu'une pipistrelle commune gestante s'est isolée du reste de la colonie de chauves-souris.
Incroyable, il y a quatre pieds à l'arrière de son corps. Ceux de la mère agrippés aux aspérités du bois. Mais aussi deux autres qui serrent fermement son bas-ventre. Ils appartiennent à un jeune qui est en train de naître ! S'accrocher tout de suite aux poils de sa mère est un réflexe aussi vital que respirer. Sinon, chute mortelle. Quelques minutes plus tard, le jeune se tient blotti contre sa mère. La femelle consomme le cordon ombilical et lèche son trésor durant plusieurs heures. Le petit monstre nu commence à téter. Puis le duo rejoint le reste du groupe, quarante-cinq femelles et une quarantaine de bébés.

Première séparation

Pour l'instant, le nouveau-né n'est pas encore capable de maintenir seul sa température corporelle. Sa mère n'a pas le choix. Elle va devoir chasser en portant son jeune. Une prouesse quand on sait que ce dernier pèse un tiers de son poids.
Quatre jours plus tard, par des tremblements insistants, la mère indique à son protégé qu'il doit rester seul pour la première fois ce soir. Lorsqu'elle revient au milieu de la nuit, c'est l'effervescence. Le bébé se précipite pour lui lécher le pourtour de la gueule puis il attrape un mamelon. Il faut ensuite se séparer de nouveau, jusqu'à de nouvelles retrouvailles avant l'aube. Et ainsi, pendant trois semaines encore. Un cadavre gît au pied du mur. Sans doute un jeune jumeau abandonné, un phénomène fréquent chez la pipistrelle commune.
Grâce à sa grande taille à la naissance et à un lait super-protéiné, le jeune a grandi rapidement. Quelques nuits seront encore nécessaires pour qu'il devienne un chasseur autonome et qu'il puisse quitter la nurserie à la recherche d'un gîte de transit.

Rhinolophe au repos / © ARCO / NPL

Tête en bas

Savoir se tenir pendu à une voûte ou le long d'un mur vertical est une question de survie. Pendant l'hibernation, une simple léthargie ou la mise bas, cette position permet d'échapper à la plupart des prédateurs. La circulation sanguine et la structure du squelette sont adaptées à cette vie à l'envers. Et les griffes du pied se resserrent automatiquement sous le poids de l'animal grâce à un tendon coulissant. Aucune énergie n'est donc nécessaire pour se maintenir à un support.

Tête en haut

En plus de s'agripper avec leurs pattes aux poils du ventre maternel comme les autres chauves-souris, les jeunes rhinolophes ont une sorte de filet de sécurité. Leur mère, restée pendue par les pieds lors de la mise bas, saisit vite le nouveau-né avec ses ailes et le dirige vers des faux tétons situés tout près des parties génitales. Le bébé s'y accroche brièvement et se retrouve ainsi pour la seule et unique fois de sa vie la tête en haut.

Couverture de La Salamandre n°230

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 230
Octobre - Novembre 2015
Article N° complet

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