Le gîte dans le couvert

Le muscardin trouve en forêt tout ce qu’il faut pour construire son nid. Il lui arrive aussi de s’installer dans les marais : il coince alors ses boules d’herbes sèches entre les roseaux ou les touffes de joncs. / © Jean Chevalier

Petit, silencieux et nocturne, le muscardin ne se rencontre pas facilement. Il n’y a qu’un seul bon truc pour repérer sa présence : trouver ses nids !

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Inutile de l’espérer au fond d’un grenier ou dans un coin de la cave : le muscardin ne pénètre jamais dans les habitations. Dans les thuyas du jardin peut-être ? Hors de question ! Il n’y trouverait pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Non, l’animal est avant tout forestier. Ce qu’il aime, ce sont les lisières, les clairières et les jeunes plantations un peu folles où l’on pénètre avec hésitation, et d’où l’on ressort griffé mais heureux, la bouche pleine de mûres ou de framboises ! C’est souvent là, dans ce fouillis végétal, entre les ronces ou parmi les lianes de la clématite ou du tamier, que le muscardin élit domicile.

Porte close

Dès son réveil, au printemps, le petit rouquin quitte son nid d’hiver enfoui au ras du sol et se met au travail. Il se construit un nouveau logis, en hauteur cette fois, fait de feuilles mortes et de brindilles. Patiemment, il tisse avec ses dents et ses mains une boule presque parfaite, du diamètre d’une orange.
L’assise extérieure est souvent faite de matériaux résistants, feuilles de hêtre et tiges souples, qui assureront la rigidité et l’imperméabilité de la structure. L’intérieur, plus moelleux, est tapissé d’herbes sèches, d’écorces finement déchirées et parfois même d’un doux matelas de graines cotonneuses. Sur un côté, le muscardin aménage une ouverture qu’il referme derrière lui quand il rentre. Le tout est simplement posé à l’intersection des branchages ou à peine accroché aux lianes environnantes.

Beaucoup d’adresses

Un seul nid, ce n'est pas facile à trouver, mais par chance pour l’observateur averti, le muscardin en bâtit généralement plusieurs, souvent situés à quelques mètres les uns des autres. Pour quelle raison ? Comme ce rongeur passe la plupart de son temps au lit, la prudence veut qu’il en change de temps à autre pour tromper d’éventuels visiteurs. De plus, même bien fait, un nid de foin reste fragile : mieux vaut disposer d’une solution de rechange si l’orage ou la tempête déchire l’édifice.
Pour élever sa famille, le muscardin ne ménage pas non plus sa peine. Au cœur de l’été, il rembourre un nid existant ou en construit encore un nouveau, à peine plus gros mais plus confortable que ses autres résidences.

Auprès de mon arbre

Une fois bien installé, le muscardin devient sédentaire. Peu enclin à prendre des risques, il reste tant qu’il le peut près de ses nids. S’il a bien calculé son coup, il devrait d’ailleurs trouver, jusqu’à l’automne, suffisamment de nourriture dans un rayon de 70 m autour de sa demeure. Rien que le massif de ronces dégoulinant de mûres où il s’est installé, et le grand hêtre qui se trouve à deux pas, devraient l’occuper pendant un bon moment.

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© Gilbert Hayoz

Nectar

A son réveil, fin avril-début mai, le muscardin mange surtout les bourgeons et les fleurs des arbustes. Comme par exemple le chèvrefeuille des haies, dont il prélève les anthères, une précieuse source de protéines.

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© Benoît Renevey

Chenilles

Après les fleurs, il y a les fruits, mais pas tout de suite. Qu’à cela ne tienne, le muscardin patiente en cueillant des invertébrés sur les feuilles : chenilles, pucerons, araignées...

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© A. et J. Visage

Fruits rouges

Qui pourrait résister à de telles gourmandises ? Après le temps des fraises vient celui des framboises, des groseilles et des mûres. Et pas besoin de faire des kilomètres pour en trouver : elles sont là, à deux pas du nid.

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© Benoît Renevey

Poisons

Une poignée de baies de troène suffit à tuer un enfant, mais dans l’estomac du rongeur, elle transite comme une lettre à la poste. L’animal est résistant à ces toxines.

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© Paul Marchesi

Huile de noix

En automne, le muscardin peut être surpris en plein jour dans les noisetiers, ce qui lui vaut le nom de croque-noisettes. Il apprécie aussi les faînes du hêtre et les noix. Au point de rester plusieurs jours dans un arbre sans en descendre.

Muscardin, le gîte dans le couvert - La Salamandre

© Benoît Renevey

La fin

Pour faire disparaître les muscardins de la forêt, voici la recette : arracher les ronces, les lianes et les buissons gênants. Nettoyer la lisière en coupant les arbustes. Abattre les hêtres et remplacer le tout par une belle plantation d’épicéas bien alignée. C’est radical.

Découvrez la suite de notre dossier Les rongeurs perchés.

Couverture de La Salamandre n°169

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 169
Août - Septembre 2005
Article N° complet

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