Un poil hypersensible

Zoom sur l'anatomie d'une mouche / © Marcello Pettineo

Portrait d'une agaçante surdouée qui squatte nos fenêtres, la mouche domestique.

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Une mouche, c'est un insecte qui n'a plus qu'une seule paire d'ailes au lieu de deux. On parle de diptère. Les ailes postérieures n'ont pas totalement disparu, elles sont réduites à deux petits haltères visibles sur les côtés du corps. Autre point commun, une mouche adulte se nourrit d'aliments liquides aspirés à travers une trompe généralement molle… sauf chez les taons, moustiques et autres suceurs de sang chez qui elle s'est transformée en instrument piqueur.

Comme tous les insectes, la mouche est construite un peu à l'envers de nous. Son squelette s'articule à l'extérieur du corps sous la forme d'une fine armure. Son système nerveux lui court le long du ventre et son tube digestif dans le dos. Quant à son cerveau minuscule, il ne contient que 100 000 neurones chez la petite mouche du vinaigre par exemple. Un million de fois moins que chez nous !

Est-elle bête pour autant, la mouche ? En tout cas, elle ne manque pas de sensibilité grâce à une impressionnante batterie de poils sensoriels qui lui couvrent le corps. Ses antennes écoutent et sentent. Quant à ses yeux composés, ils détectent les mouvements à 360° autour d'elle au rythme de 200 images à la seconde. Comme dans un ralenti de cinéma. Pas étonnant qu'il soit si difficile de la surprendre au tape-mouches.

Filiforme ou costaude ?

D'après leur allure générale, on peut subdiviser les mouches en deux groupes principaux : les nématocères (à gauche) ont de longues antennes filiformes et une silhouette fine, genre moustique. Et les brachycères (à droite) des antennes courtes et un corps ventru, façon taon ou mouche domestique.

Nématocère (à gauche) et brachycère (à droite) / © Marcello Pettineo

Equilibre toujours

Durant le vol, les deux balanciers en forme d'haltères que possède la mouche vibrent au même rythme que les ailes membraneuses. Sans doute stimulent-ils leur rythme endiablé. Ces gyroscopes ultrasensibles maintiennent constamment l'équilibre de l'insecte en renseignant son cerveau. Voilà qui permet toutes les acrobaties.

Chaque récepteur a sa fonction propre. Voir légende ci-dessus. / © Marcello Pettineo
Les récepteurs d'une aile de mouche / © Marcello Pettineo

Vol à haute fréquence

Certaines mouches sont capables de s'envoler dans toutes les directions et d'effectuer de spectaculaires vols stationnaires. Tout cela grâce à des ailes fines mais extrêmement souples et résistantes qui battent jusqu'à 1000 fois par seconde chez certains moustiques.

La musculature déforme le thorax, ce qui fait monter et descendre les deux membranes transparentes. A pareille vitesse, le cerveau n'arrive plus à suivre. Une fois l'ordre donné, les muscles entretiennent tout seuls leurs battements à haute fréquence. Un exemple unique d'autonomie musculaire dans le monde animal.

Une mouche, un poil hypersensible - La Salamandre

Griffes et coussinets des extrémités d'une patte de mouche / © Marcello Pettineo

Crampons magiques

Marcher contre une vitre ou atterrir au plafond la tête en bas, rien de plus normal pour une mouche. Explication ? En plus d'une paire de griffes, l'extrémité de leurs pattes possède deux ou trois coussinets adhésifs qui assurent l'accrochage. Si cela ne suffit pas, une substance visqueuse sécrétée par de minuscules poils creux renforce l'adhérence.

A vue d'œil

Les yeux globuleux de la mouche domestique sont composés de 3000 lentilles individuelles appelées ommatidies. A travers chacune d'entre elles, la lumière stimule huit cellules sensorielles. Au cerveau la délicate mission de reconstituer une vue d'ensemble à partir de ce kaléidoscope. Les mouches sont très fortes pour détecter les mouvements.

Certaines couleurs comme le jaune les attirent. Et les mâles ont généralement plus de facettes que les femelles. Car ils doivent repérer leurs partenaires de loin et souvent en plein vol.

Les yeux de la mouche domestique comptent 3000 ommatidies. / © Marcello Pettineo

Parfum de mort

Il existe des mouches capables de sentir une source de nourriture, cadavre, excrément ou élixir sucré à deux ou trois kilomètres de distance. Un exploit réalisable grâce à l'extrême sensibilité des récepteurs olfactifs concentrés à la base des antennes.

Oreilles surprises

Des moustiques sensibles au chant que leurs partenaires produisent avec les ailes réagissent à des notes de violon. D'autres mouches localisent à 20 m de distance la sérénade de grillons qu'elles parasitent. Pour cela, il faut des oreilles localisées à la base des antennes ou entre les pattes avant. Dans les deux cas, de fines pièces de la carapace se déforment selon les vibrations de l'air.

Bardée de senseurs

Toute la surface du corps des diptères est couverte de poils sensoriels qui renseignent l'insecte sur son environnement. Leur densité est particulièrement élevée sur les antennes, les palpes, la trompe et l'extrémité des pattes. Différents types de récepteurs sont sensibles au toucher, aux mouvements de l'air, à la température ou encore à la concentration en CO2.

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Couverture de La Salamandre n°241

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 241
Août - Septembre 2017
Article N° complet

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