Merci, Maître Renard

Dans son édito du n°244, Julien Perrot nous raconte sa sortie du piège numérique grâce à la visite sauvage d'un renard.

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Ce soir-là, seul à la maison, je travaille un peu tard devant mon ordinateur au coin de la table du salon. Vers 22 h 30, il est grand temps d’aller au lit. Mais, au lieu de me lever de ma chaise, je jette un coup d’œil sur internet aux nouvelles du jour, puis je me retrouve aspiré par les sirènes des réseaux sociaux. Parfois la fatigue rend faible. Epuisé, je zappe dans les pixels, sans aucun sens.
Bien plus tard, une intuition me fait lever le nez de mon écran. Sa présence est une décharge électrique. Un renard roux, maquillage noir sous les yeux, museau blanc, couché comme un chien à deux mètres sur ma gauche ! Il est juste de l’autre côté de la baie vitrée, sur la plus haute des cinq marches de mélèze qui descendent au jardin.
Non, ce n’est pas un rêve, ni un animal domestique. Dans ses yeux dorés, je vois l’éclat du sauvage, dans les mouvements de ses oreilles, la vigilance entière de la survie. Je le regarde, je le bouffe des yeux, je pourrais presque le toucher. Il s’assied, se gratte de la patte, me dévisage un instant puis se recouche en boule et ferme les yeux.
Le temps n’existe plus. Sur une fragile planète bleue, il y a un renard comme surgi d’une histoire de Saint Exupéry. Et un homme égaré remis sur le droit chemin d’un coup de baguette magique. Dans la vraie vie, dans l’instant présent. J’entends mon cœur qui bat fort, ma respiration qui nourrit toutes mes cellules. Mes yeux dégustent la fourrure douce. Merci, j’ai retrouvé la joie.

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
N° complet

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