Maudite Aphrodite

Anémone / © Ambroise Héritier

Cachée dans le nom d’un papillon ou la légende d’une plante, la mythologie vit éternellement au jardin. Révélations divines.

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Article d'origine par
  • Acteur: principal Zeus
  • Seconds rôles: Athéna, Asclépios, etc.
  • Sortie: 12 juillet
  • Lieu de tournage: prairie fleurie
  • Genre: fresque mythologique

Liaison dangereuse

« Aphrodite ou Vénus, je suis la déesse de l’amour et collectionne les amants. Quand l’un d’entre eux m’offre un brin de buis, plante que j’abhorre, je le punis d’impuissance. Pour une tout autre raison, ma liaison avec le bel Adonis se termina tragiquement. Après nos ébats, un jour où mon éphèbe se reposait sous une feuille de laitue, il fut piétiné à mort par un sanglier. En mémoire de ce drame, cette salade a longtemps été consommée lors des repas funéraires. Personnellement, je préfère la version plus héroïque de notre légende : Adonis aurait perdu la vie en combattant le sanglier et j’aurais, au dire de certaines mauvaises langues, orchestré sa mort. D’autres voient dans ce crime une vengeance d’Arès ou d’Apollon. Qu’importe, le sang d’Adonis coula sur le sol. Mélangé à mes larmes, il donna naissance à l’anémone. Pensez-y, au printemps, en voyant cette jolie fleur. »

Maudite Aphrodite - La Salamandre

© Ambroise Héritier

Dieu médecin

« Asclépios est mon nom. Mon père Apollon m’a arraché du ventre de Coronis, ma mère infidèle. Heureusement, le centaure Chiron m’a pris sous son aile pour m’enseigner l’art de la guérison. Très doué dans la pratique de la médecine, je parvenais même à ressusciter les morts. Ce pouvoir de bouleverser l’ordre du monde ne plaisait pas du tout à Zeus qui me foudroya avant de me rappeler à la vie sous la forme d’un serpent. Aujourd’hui, on me retrouve dans le caducée: un bâton entouré d’une couleuvre, devenu symbole des pharmaciens et médecins. Dans le ciel étoilé, on m’associe aussi à la constellation du Serpentaire, le treizième signe zodiacal. Au jardin, je suis incarné par la couleuvre d’Esculape, tandis que les papillons flambé et machaon portent le nom de mes deux fils. »

Maudite Aphrodite - La Salamandre

© Ambroise Héritier

Femme en fleur

« Pour les Romains, je suis Diane. Mais je préfère mon nom grec, Artémis. Fille de Zeus, sœur d’Apollon et déesse de la chasse, je porte un arc et suis souvent représentée entourée de gibier. Ma féminité farouche et chaste devient parfois colérique. Comme on me prête la faculté de favoriser les naissances et les accouchements, j’ai donné mon nom à l’appellation savante de l’armoise : Artemisia. Cette plante de la famille des astéracées, comme le chardon et la marguerite, soulage et régule les cycles féminins depuis l’Antiquité. »

Maudite Aphrodite - La Salamandre

© Ambroise Héritier

Sagesse capitale

« Connaissez-vous Athene noctua ? La petite chouette chevêche, populaire à la campagne, porte mon prénom. Moi, Athéna, déesse de la sagesse, j’ai toujours été associée à ce petit rapace nocturne. Commun à Athènes autrefois, l’oiseau aux yeux d’or figure d’ailleurs sur la monnaie ancienne de la cité grecque. »

Maudite Aphrodite - La Salamandre

© Ambroise Héritier

Sein blessé

« Gardienne et nourrice de Zeus, je m’appelle Ida. Bébé, l’apprenti dieu du tonnerre hurlait à en faire trembler les montagnes. Avec ma sœur Adrastée, nous cherchions un moyen de le calmer, afin que ce vacarme n’alerte pas son père, Cronos, un terrifiant Titan capable de le dévorer. Inconsolable, le nourrisson recrachait même le lait de chèvre d’Amalthée. En dernier recours, je lui cueillis de délicieux petits fruits blancs en forme de tétons. Pendant ma récolte sur la colline, une épine égratigna mon sein et une goutte de sang teinta de rose tous les fruits du panier. La framboise a depuis gardé cette couleur et porte mon nom : Rubus idaea, la rouge d’Ida.»

Retrouvez l'intégralité du dossier "le jardin fait son cinéma".

Poursuivez l'histoire d'Ida avec l'étape #43 de Mon voyage au jardin: Les perles de sang d'Ida.

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

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