Massacre… et coups de pouce

Un hérisson, victime des routes. / © Delpho/Okapia

Nous sommes directement responsables de la mort d’un hérisson sur deux. Que faire ?

Avatar de Julien Perrot
- Mis à jour le
Article d'origine par

Franchement, la dernière fois que vous avez vu un hérisson, était-il en pleine santé dans le jardin de votre tante ou aplati comme un paillasson sur le bord d’une route ? Autrefois invulnérable sous son armure de piquants, l’insectivore est terriblement démuni face aux dangers de notre époque.

Chaussées alléchantes

Vous preniez le hérisson pour un casanier indécrottable ? Erreur ! Les mâles en quête de femelles sont des vagabonds qui peuvent parcourir de grandes distances en mai ou en juin. Idem pour les jeunes chassés par leur mère, qui se dispersent à la fin de l’été et en automne. Immanquablement, tôt ou tard, ils devront traverser le vaste réseau routier des hommes.

Pour un hérisson, un ruban de bitume est un lieu attirant. Il doit être content d’en trouver un sous ses pattes car, quand il fait chaud et sec, insectes et mollusques s’y retrouvent pour profiter de la chaleur emmagasinée dans l’asphalte. Et sous la pluie, ce sont des vers de terre égarés qui s’y tortillent. Festin assuré, mort promise.

Le prédateur automobile

La stratégie défensive du hérisson n’a pas encore prévu le prédateur automobile. Pris dans le faisceau des phares, le malheureux s’immobilise et se met en boule. Seuls les réflexes d’un conducteur attentif le sauveront peut-être. Le carnage se répète chaque année dans des proportions terrifiantes qui font du hérisson la victime numéro 1 du trafic routier.

439 km de routes de Suisse ont été étudiés pendant cinq ans. Résultat? Les voitures tuent en moyenne chaque année un hérisson tous les 300 mètres.

Ce massacre programmé est un argument supplémentaire - si besoin était - pour privilégier dans nos déplacements les transports publics. A défaut, les hérissons nous seront reconnaissants de lever le pied, de nuit, sur les routes de campagne. Tout spécialement durant les deux périodes critiques mentionnées plus haut.

La mort à retardement

Un autre ennemi, non moins meurtrier mais invisible celui-là, provoque la mort d’un hérisson sur quatre : les poisons de toutes sortes que nous répandons sur nos cultures et dans nos jardins. Accumulés dans les graisses des hérissons qui ne périraient pas sur le coup, ces pesticides les empoisonnent en hiver durant leur sommeil (voir notre article). Par bonheur, sur ce front-là, on va le voir, notre aide peut mettre fin au massacre.

244 hérissons ont été retrouvés dans la région d’Yverdon-les-Bains. De quoi sont-ils morts ?

Massacre… et coups de pouce pour le hérisson - La Salamandre

© A. & J. Visage

Les nourrir ?

Comme il est attendrissant d’observer des hérissons en train de manger la nourriture qu’on a déposée pour eux... Il y a cependant mieux à faire pour leur venir en aide (voir notre article). Mais si vous tenez à ces nourrissages, limitez-les à l’été, quand il fait très chaud, et au début de l’automne, juste avant l’hibernation.

Préférez au lait de vache, qui provoque des diarrhées, des croquettes pour chat ou chien ou des restes de viande ou de poisson. Une écuelle d’eau sera appréciée en toutes saisons.

Pour éviter que chats et chiens ne dévorent la nourriture, disposez-la sous une caisse retournée dont vous aurez aménagé l’accès, par exemple avec un morceau de tuyau.

Massacre… et coups de pouce pour le hérisson - La Salamandre

© Benoît Renevey

Les adopter ?

Les femelles hérissons peuvent donner naissance à une seconde portée à la fin de l’été. Ces jeunes tardifs ont peu de chances d’atteindre un poids suffisant pour passer la mauvaise saison. On les retrouve parfois épuisés au seuil de l’hiver. Il est tentant de les recueillir à la maison. Songez toutefois que vous risquez de devoir vous occuper pendant des mois d’un locataire nocturne et remuant. D’ailleurs, il est interdit de prendre ainsi en charge un animal sauvage.

En France, confiez-le à l’un des 42 centres de soins répartis sur le territoire. Conseils et adresses sur www.ufcs.fr.

En Suisse, apportez votre trouvaille à un vétérinaire ou au Musée d’histoire naturelle le plus proche. Renseignements pratiques sous www.proherissons.ch et www.igelzentrum.ch (malheureusement rien qu’en allemand).

Retrouvez tous les articles du dossier hérisson : 700’000 paillassons et nous !

Suivez une enquête sur la mort d'un rouge-gorge. Parmi les causes du décès, une hypothèse se détâche, la maladie. Mais tous les indices ont-ils été pris en compte?

Couverture de La Salamandre n°180

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 180
Juin - Juillet 2007
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir