Une manne bienvenue

Le rougegorge se délecte des fruits de nombreux arbres et arbustes. / © Laurent Willenegger

Fruits défendus, équilibre alimentaire et jus énergiques, le rougegorge nous raconte toutes les subtilités de son régime alimentaire.

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«Après la mue, le grand envol. Avant de quitter mon territoire d’été pour migrer vers le Sud, je me prépare en suivant un régime alimentaire hautes calories. Je m’y mets au milieu de l’été, lorsque la lumière change et que mûrissent les premières baies. Pourquoi parler de petits fruits alors que ce sont plutôt les petites bêtes qui m’intéressent habituellement ? Parce que je me gave des uns autant que des autres à ce moment de l’année.

La migration, comme la mue, est très gourmande en énergie. Bien sûr, il y a encore beaucoup d’insectes à ce moment de l’année : des générations entières émergent du sol et des herbes. Je chasse avec entrain, mais complète de plus en plus mon menu avec les baies qui mûrissent le long des lisières. Ce qui me plaît, c’est qu’elles se laissent cueillir sans trop d’effort. Et tant pis pour mon orgueil de vieux chasseur...

Jus d’énergie

Au début, j’ai essayé les cerises, mais elles sont vraiment trop grosses pour moi ! Tout ce qui est plus petit me satisfait, des cornouilles aux baies de l’arum dressées au ras du sol. En été, les fruits riches en eau me désaltèrent. En hiver, d’autres plus énergétiques regonflent mes batteries.

J’ai compté plus de trente sortes de fruits et baies sur mon territoire. Et la liste s’allonge quand on descend vers le sud. Mes préférés dans le Midi ? La garance et le laurier-tin.

«Imaginez cette agitation et son effet sur l’épervier.»

Fruits défendus

A part ma femelle, aucun rougegorge n’a accès à mes ressources défendues avec force. En revanche, les autres oiseaux ne provoquent aucune réaction de ma part. En ces temps d’abondance, tous, de la fauvette au merle, se gavent sans trop se préoccuper des voisins.

Imaginez cette agitation et son effet sur l’épervier, et sur ses jeunes qui vivent leurs premières chasses. Pas question d’imiter la grive, qui se pose sur la grappe et pioche dedans, tête baissée. De la folie pure ! Je préfère voleter prudemment sur place un court instant, cueillir quelques fruits, puis filer les savourer au cœur du buisson.

Viser l’équilibre

Cette période d’abondance m’a sans doute sauvé la vie. Après l’agression subie l’an dernier, j’ai pu me refaire des forces sans trop d’efforts. Mais je ne me suis pas gavé autant qu’un petit jeune. J’ai dosé au plus serré mes réserves de graisse. Ni trop, pour ne pas entraver ma fuite si l’épervier surgit. Ni trop peu, pour avoir ce qu’il faut par mauvais temps et pendant la migration.

C’est mon expérience qui m’autorise à viser ce poids idéal: un vieux briscard comme moi peut voyager léger parce qu’il trouvera toujours de la nourriture en route.»

Gobeur

En avalant tout rond les fruits de nombreux arbres et arbustes, le rougegorge joue un rôle clef dans la dissémination de leurs graines.

Retrouvez la totalité du dossier : Confessions d’un rougegorge.

Quel est le chant du rougegorge ? Réponse ici.

Couverture de La Salamandre n°172

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 172
Février - Mars 2006
Article N° complet

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