Mai, juin, beau temps pour les veilles

Les blaireaux sortent généralement à la tombée de la nuit mais, comme le note Robert Hainard, « il se fait un compromis entre l’heure civile et celle du coucher du soleil ». Ainsi, à la fin du printemps, il n’est pas rare de les voir sortir à la lumière du jour. / © Jacques Rime

Plus besoin de la lune pour voir sortir les blaireaux de la tanière. Leurs jeux et travaux se déroulent dans les lumières du soir.

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Lorsqu’on est à bon vent, bien caché, bien au chaud dans ses habits, l’attente est un moment délicieux. On laisse le temps venir sur la terre, sur les feuilles, les pierres et le terrier. Le troglodyte se pose tout près sur une branche et la grive musicienne fait ses répétitions du soir. Il y a aussi les bruits des hommes qui viennent de très loin, d’« en bas » : un gamin crie, une mère appelle, le train siffle… Et encore le vent qui fait frémir les branches, les clapotis du ruisseau au pied du terrier et les roulements d’un orage qui gronde derrière la montagne.

Derniers feux

Le soleil lance encore de belles lumières sur les feuilles toutes tendres des hêtres. Quelques insectes et poussières brillent devant les ombres, puis le soleil disparaît derrière la forêt. Le soir vient. Un merle s’envole en criant. Au terrier, une tête rayée de noir et de blanc apparaît : le blaireau !
Il sent, il renifle le sol autour de la sortie, hume l’air et les odeurs du monde. Puis avance, recule et disparaît dans son terrier. Réapparaît, renifle encore puis, tranquillisé, se glisse hors de la terre. Un autre sort à son tour, un troisième, quatre, cinq… Toute la famille est dehors. Les blaireaux s’asseyent, se grattent et font leur toilette.

Ballot de foin

bruissent comme du foin. Les blaireaux se mordillent le cou, les joues, le dos, ils se bousculent. Un des deux adultes se dresse contre un arbre et s’étire en bâillant. L’autre rentre pour ressortir à reculons en serrant sous son cou et entre ses pattes de devant un paquet de vieille litière. Il le tire un peu plus loin pour le laisser rouler en bas du talus. Après plusieurs allers et retours, il va dans le pré voisin couper de l’herbe sèche avec les dents: il en fait un ballot qu’il transportera jusque dans sa chambre. Le blaireau est un douillet qui change régulièrement de matelas. Parfois, il s’arrête en chemin, abandonne sur place son chargement et s’en va, pris par d’autres affaires.

dessin de blaireau

© Jacques Rime

Fin de partie

Deux jeunes s’amusent, se mordent, luttent, bataillent et se poursuivent en faisant voler des nuages de poussière. Soudain ils se font face, dos arqué, poils hérissés comme deux brosses, avancent, reculent en sautant sur leurs pattes à la façon de jouets mécaniques. Empoignades, cris et poursuites jusqu’à la nuit.
Les adultes sont partis. Et les jeunes à leur tour s’en vont à la queue leu leu, cortège de silhouettes le long de la lisière.
Un renard passe, comme un fantôme. Une chouette chante. Encore un dos de blaireau qui brille dans le pâturage. Tout le monde est parti depuis un bon moment.
Il est temps de redescendre le sentier, de traverser le ruisseau sur la planche de bois pour sortir de la forêt.

dessin de blaireau

© Jacques Rime

Au Grand Terrier, 26 mai 1986

Vers 21 h 10, le grand mâle sort, traverse le ruisseau pour ramasser des feuilles qu’il transporte serrées entre sa tête et son poitrail. Puis il abandonne son fardeau dans l’eau et retourne au trou d’où il a surgi. La femelle guigne à son tour pendant que le mâle sort de la terre par une autre bouche. Brève dispute, puis tous deux disparaissent et je ne les revois plus de la soirée.

dessin de blaireau

© Jacques Rime

Au Grand Terrier, 11 juin 1999

Les chemins autour des gueules de terre sont toujours bien damés, entretenus. Vers 20 h 55, un beau blaireau (y en a-t-il de vilains ?) sort du trou d’« en haut ». Après un instant d’hésitation, il descend dans le pâturage. Il est de taille respectable, mais je ne crois pas que ce soit le grand mâle. Vers 21 h 35, un autre blaireau sort par le trou de la racine et descend le talus. Il passe sous l’arbre couché, le longe, se dresse et s’appuie contre le tronc, debout sur ses pattes de derrière. A 21 h 50 enfin, deux autres blaireaux partent à leur tour de la racine. Un grand et un petit plus gris, plus lumineux. Mais toujours pas de toilette : ils disparaissent rapidement en dessus…

La suite de notre dossier le grand terrier.

Couverture de La Salamandre n°167

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 167
Avril - Mai 2005
Article N° complet

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