Sommeil de plomb

Le loir s’endort roulé en boule, le nez dans la queue. Les pavillons des oreilles sont repliés vers l’avant pour limiter les déperditions de chaleur. / © Jean Chevalier

Dormir comme un loir. L’expression correspond à merveille à un animal champion du sommeil.

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© Elmar Bürgy

Quand il a expédié ses affaires courantes, à savoir manger, faire sa toilette, gérer quelques conflits de voisinage et se reproduire, le loir s’abandonne à son passe-temps favori : dormir. Et il ne rate aucune occasion. Ni l’été, ni l’hiver.

Courage, siestons !

Si, au cours de la belle saison, les températures fraîchissent ou la nourriture vient à manquer, notre loir ne se laisse pas démonter : il se retire dans une cachette, se roule en boule, et s’endort jusqu’à l’avènement de jours meilleurs. Car le loir ne se contente pas d’hiberner : il estive si nécessaire. Durant cette période, la température de son corps peut chuter d’une vingtaine de degrés pour adopter celle du milieu ambiant. Ce mécanisme physiologique est indispensable à la survie de l’animal : s’il grillait trop de calories en période de disette, il n’aurait aucune chance de passer l’hiver.

A même le sol

Fin septembre, début octobre, le voilà bien gras et bien portant, plus disposé que jamais à paresser au lit. L’animal se met alors en quête d’un abri pour l’hiver. Il descend de son arbre, chose exceptionnelle à tout autre moment de l’année, et cherche une cavité dans le sol. Il la creuse si besoin est, à une profondeur allant de 30 à 60 cm.
On s’attend à ce qu’il s’aménage un nid douillet, garni de feuilles et d’herbes sèches. Que nenni ! Le loir est du genre spartiate. Il s’installe à même la terre, le nez dans la queue, sans crainte de souiller son beau pelage.

Au fond d’un tiroir

Mais l'animal partage volontiers sa couche avec ses congénères. Plus on est, plus on a chaud. Les familles de loirs se rapprochent aussi des cabanes forestières ou des résidences secondaires désertées par les humains, qui leur assurent calme et sécurité. Les loirs s’installeront si possible dans l’isolation. Ils pourront aussi se contenter d’un fond de tiroir ou d’une caisse à boulons. Le propriétaire d’un gîte jurassien, lecteur de « La Salamandre », a un jour découvert un loir recroquevillé dans le trou d’évacuation des eaux d’une douche !

© Jean Chevalier

Sept mois de sommeil

Une fois installé, le loir s’endort. Son sommeil va durer sept mois ! Un chiffre symbolique que l’on retrouve dans Siebenschläfer, nom allemand de l’animal. Son origine serait liée à la légende médiévale des Sept Dormants d’Ephèse : à l’époque des persécutions contre les chrétiens, sept jeunes garçons emmurés dans une caverne se seraient réveillés après un sommeil miraculeux de près de 200 ans.

© Jean Chevalier

Les adultes d’abord

Le loir n’a pas une telle marge devant lui. Ses rations de survie sont calculées au plus juste : gras à l’automne, il s’éveillera maigre comme un clou au printemps suivant. En général, les mâles adultes, plus lourds, sont les premiers à s’endormir, suivis de près par les femelles. Les jeunes, soucieux de prendre du poids jusqu’à la dernière minute, les rejoindront deux ou trois semaines plus tard.
Durant les 7 mois à venir, le sommeil du loir sera profond et les réveils rares. Il n’a d’ailleurs aucun intérêt à s’agiter : comme il ne fait pas de provisions, il ne pourrait pas apaiser une probable fringale ! A l’approche de l’hiver, le loir devient gras. Son poids peut dépasser 200 grammes. Au réveil, il pèse généralement moins de la moitié. Si l’animal n’a pas assez de réserves, il se réveillera plus tôt au printemps. S’il se réveille…

les tireurs et les loirs

Juin 2004, Courlevon, canton de Fribourg. Une désagréable surprise attend les membres de la société de tir « Kleinkaliber Courlevon ». La porte de leur cabane s’ouvre sur un décor dévasté : plafond troué, isolation déchirée, murs et cartons rongés. A la tombée de la nuit, les coupables sont démasqués : ce sont des loirs. Appelé en renfort, le garde-faune Elmar Burgy n’est pas surpris : « La cabane est située juste en lisière de forêt, à deux pas d’une haie de noisetiers, un habitat idéal ! »
Les rongeurs ne s’y sont pas trompés : alors que les tireurs raccrochaient leurs fusils pour l’hiver, ils se sont installés chaudement dans l’isolation. A leur réveil, en gardiens peu respectueux de la tradition, ils se sont fait les dents sur les cibles en carton.
Au cours de l’été, Elmar Burgy a capturé une dizaine d’individus, qu’il a relâchés à bonne distance. Les tireurs ont tenté de boucher les entrées avec du treillis. Mais il en faut plus pour décourager les loirs. Cette année, de nouvelles incursions ont été constatées.

Découvrez la suite de notre dossier Les rongeurs perchés.

Couverture de La Salamandre n°169

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 169
Août - Septembre 2005
Article N° complet

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