L’odyssée de l’espace

© Ambroise Héritier

Le jardin n’est pas un lopin de terre isolé et immobile. Il danse avec la lune et se nourrit de l’énergie des astres. Mais pour Vincent Masson, expert en biodynamie, les rythmes cosmiques ne doivent pas être mystifiés.

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  • Acteur principal: le Soleil
  • Seconds rôles: la Lune et Saturne
  • Sortie: 16 avril
  • Lieu de tournage: parmi les semis de tomates
  • Genre: science-fiction

Vincent Masson, la biodynamie dépasse l’utilisation d’un calendrier lunaire amélioré, non ?

Effectivement, cet élément n’est pas le plus important, même si beaucoup d’articles le prétendent. Une parcelle mise en culture n’est pas isolée, mais connectée à un environnement plus large allant des alentours jusqu’aux planètes lointaines. En prendre conscience reste primordial lorsqu’on jardine. Les fondements de ce qui allait devenir la biodynamie rappellent cela dès 1924, avec Rudolf Steiner. Mais, selon moi, ce n’est pas la base.

Alors Quelle serait selon vous la base de la biodynamie ?

Concrètement, la biodynamie est la quête d’un bon état de santé. Et ce, pour tous les maillons qui entrent dans le processus de culture : sol, plante, microfaune, bétail, consommateur. Pour cela, on cherche une interaction globale, respectueuse des rythmes de la nature.

Comment ces idées se mettent-elles en place ?

En premier lieu, une connaissance agronomique rigoureuse du sol est nécessaire. Ensuite, il faut respecter les principes de l’agriculture biologique, tout en favorisant la diversité animale et végétale au jardin. Interviennent enfin les préparations biodynamiques 100 % naturelles. Une fois ces trois bases réunies, nous optimisons le travail en tenant compte de certains rythmes cosmiques.

Parlez-nous de ces fameuses préparations biodynamiques ?

L’une d’elles, à base de bouse de vache transformée durant l’hiver, s’épand à raison de 2 grammes de substance pour un jardin de 200 m2. Pour renforcer la plante, on utilise aussi une préparation siliceuse issue de quartz. Décantée durant l’été, elle s’applique en quantité encore plus infime.

En biodynamie, prendre soin du compost s’avère aussi essentiel. On l’enrichit avec des préparations réalisées à partir de six plantes : achillée millefeuille, matricaire camomille, ortie, écorce de chêne, pissenlit et valériane. A cela s’ajoutent des purins, des tisanes et autres décoctions.

1,4 milliard de km

Distance moyenne qui sépare votre potager de Saturne. Pourtant, les expériences montrent l’influence de cette planète sur la croissance et la santé des semis et plantations.

Toutefois, certains principes lunaires ou planétaires sont reconnus…

Evidemment. La pleine lune, par exemple, reste un moment clef du calendrier du jardinier. Semer juste avant ce jour favorise la multiplication cellulaire. Trop mystifié toutefois, le rythme sidéral qui définit les jours fruit, racine, fleur et feuille du calendrier lunaire n’est pas le plus important selon moi. En revanche, j’attache de l’importance aux nœuds lunaires et planétaires, car ils perturbent le vivant. Je travaille aussi en tenant compte de l’opposition Lune/Saturne, car ce moment est opportun pour soigner les plantes. Ou encore avec la lune descendante, une période idéale pour les repiquages. La liste est longue : vous trouverez tous les détails dans notre agenda biodynamique.

939 millions de km

Parcours de votre jardin, chaque année, autour du Soleil ! Sans compter ses tours de Terre quotidiens. Alors, sédentaire le lopin ?

Quels rythmes cosmiques importent au jardin ?

Primordial, celui du soleil dicte le jour et la nuit, la température et les saisons. Pour les autres, je reconnais leur importance. Mais l’extrême difficulté de leur compréhension rend leur utilisation difficile pour le jardinier.

Les 5 rythmes lunaires

Synodique (29,53 jours) Le plus connu. Ce rythme lié à la lumière du Soleil se divise en deux périodes. La première, lune croissante ou lune jeune, s’étend de la nouvelle lune à la pleine lune en passant par le premier quartier. La seconde, dite lune décroissante ou lune vieille, court de la pleine lune à la nouvelle lune en passant par le dernier quartier.

Draconitique (27,2 jours) L’orbite de la Lune autour de notre planète est incliné d’environ 5° par rapport à celle de la Terre autour du Soleil. Ces deux trajectoires se croisent deux fois par mois à l’occasion de nœuds lunaires. Un tel nœud conjugué à une pleine lune donne une éclipse de Lune. Conjugué à une nouvelle lune il provoque une éclipse de Soleil.

Anomalistique (27,55 jours) Dans son orbite elliptique autour de la Terre, notre satellite passe par sa position la plus proche de la planète, appelée périgée, puis par sa position la plus éloignée, dite apogée. 50 200 km séparent ces deux états.

Sidéral (27,3 jours) Dans son parcours sur fond de ciel étoilé, la Lune passe dans les différentes constellations zodiacales. Ce rythme sidéral s’utilise dans le calendrier lunaire de Maria Thun pour définir les jours racines, feuilles, fleurs et fruits. Il dure 7 secondes de plus que le rythme tropique.

Tropique (27,3 jours) La Lune est dite montante lorsque sa position dans le ciel augmente. On parle alors de printemps lunaire. Lors de l’automne lunaire, l’astre est descendant. A son point le plus haut, elle passe sur fond de constellation du Taureau.

Retrouvez l'intégralité du dossier "le jardin fait son cinéma".

Couverture de La Salamandre n°244

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 244
février - mars 2018
Article N° complet

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