Libellules sur plateau d’argent

Leuccorhine rubiconde / © Luc Simon

Après de longs travaux de restauration, le Plateau des Tailles au sud-est de la Belgique accueille désormais un cortège de nouvelles espèces.

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Plateau des tailles

© Luc Simon

Jacques Brel l’appelait « Le Plat Pays », mais quand on culmine à plus de 600 mètres d’altitude en Belgique, on peut dignement porter le nom de haut plateau. Ainsi le Plateau des Tailles est un véritable trésor. Objet d’un vaste projet Life visant à restaurer tourbières, landes et autres milieux humides entre 2006 et 2010, il abrite aujourd’hui une faune et une flore remarquables.
Des centaines de kilomètres de drains ont été bouchées et plusieurs digues érigées durant un chantier titanesque. Résultat ? Mille et un plans d’eau de toutes tailles et de toutes profondeurs ponctuent le plateau et ses tourbières. Il n’en fallait pas plus pour que de frêles et agiles demoiselles et libellules viennent s’y balader… Pas moins d’une cinquantaine d’espèces d’odonates y ont été observées ces dernières années, signale Grégory Motte du Département de l’Etude du milieu naturel et agricole. Réactives mais encore vulnérables, la leucorrhine douteuse et l’aeschne des joncs n’ont de cesse de coloniser de nouveaux sites. La première fréquente les mares récentes, la seconde préfère les eaux stagnantes des tourbières et les nappes envahies de végétation. Aux Tailles, chacune y trouve donc son compte. Même la rarissime leucorrhine rubiconde étend progressivement son empire. Sa cousine leucorrhine à gros thorax est même réapparue en 2012, suite à une affluence de libellules venant de l’est de l’Europe.
Considérée comme éteinte en Wallonie il y a quelques années, elle se reproduit aujourd’hui avec succès en Ardenne. En 2016, le gracieux leste verdoyant a également donné quelques éclats métalliques aux herbes et aux mares, alors qu’il avait disparu du sud de la Belgique depuis 10 ans. C’est bien la preuve que les travaux hydrologiques ont porté leurs fruits.

En moins de 20 ans, près de 50 espèces d’odonates ont été observées sur le Plateau des Tailles !

Tous ces habitats restaurés sont évidemment amenés à évoluer. D’autres espèces pourraient d’ailleurs arriver… mais aussi disparaître. Quand on est un orthétrum bleuissant féru d’eaux calmes et de suintements, un développement important de la végétation pourrait être de mauvais augure… A chacun son temps dans la nature. Peut-être des espèces liées aux milieux plus évolués et saturés en sphaignes arriveront-elles à leur tour d’ici quelques années ? En attendant, il semblerait que le trafic aérien aux abords des plans d’eau fagnards ne cesse d’augmenter… pour notre plus grand plaisir.

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En Touraine, la biodiversité aime la vigne.

Couverture de La Salamandre n°247

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 247
août - septembre 2018
Article N° complet

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