Lever de rideau

Pour trouver le cincle, surveillez les pierres qui émergent de la rivière. Cerné d’eau vive, l’oiseau y est à l’abri des prédateurs. Des fientes blanches signalent les cailloux préférés. / © Daniel Magnin

Dans la rivière, un étrange poisson couvert de plumes saute de pierre en pierre et joue avec les remous. Rencontre avec le cincle plongeur, un vrai cinglé de l’onde.

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Dans la vallée encaissée, février fait la grasse matinée. La rivière a du mal à soulever ses paupières encore givrées. Au milieu des flots, les tarses dans la glace, un oiseau brun, tel un curieux lutin, est à la recherche de son butin. Un coup de bec, une courbette, un coup d’aile, un courant d’air et le voilà qui disparaît. Plouf ! Rien de tel qu’un bain glacé pour vous réveiller…
La plongée n’a duré que quelques secondes. L’oiseau resurgit avec une larve dans le bec. Secoue la tête pour extraire sa victime, l’assomme sur une pierre et l’engloutit. Puis bascule à nouveau en fendant les flots. Et le manège reprend. Le plongeur fait surface près de la rive. Un coup d’aile et le voici prêt à recommencer.
En ce matin de février, la rivière n’attend que le soleil pour se réveiller. Encore le sommet de la colline à gravir, puis les cimes des épicéas à escalader, et enfin la longue descente des premiers rayons qui viennent lécher les rives escarpées.
Les mésanges ont déjà entamé leurs rondes. Les longues queues s’accrochent au-dessus de ma tête en agitant leur balancier. Les huppées lancent leurs trilles et les charbonnières roulent leurs billes. C’est toute la menue troupe affamée des petits matins d’hiver qui vagabonde d’écorces en lichens et de vieux troncs en jeunes graines.
Au milieu de la rivière, l’oiseau brun est toujours là, à jouer à cache-cache avec les flots. Entre plongeon et immersion, entre deux eaux, entre deux mondes, entre deux vies.
Le reste de la faune se cantonne dans l’absence et le silence. Seul le murmure de l’eau entre les blocs de grès distille une musique cristalline, pure et fragile. Le temps n’est plus aux grondements du torrent. La crue n’est plus qu’un mauvais souvenir.
A la surface de l’eau, des volutes de brume s’évaporent et s’effilochent dans la forêt. Petit à petit la rivière sort de l’ombre, quitte sa torpeur pour retrouver son entrain. La lumière se fait câline. Des paillettes de givre scintillent entre les mousses. D’abord une étoile par-ci, une autre par-là, puis encore une ici, puis une autre là-bas, puis des dizaines qui s’allument en même temps. En quelques minutes, le soleil dévale dans le vallon et illumine le théâtre d’ombres. Et le rideau va s’ouvrir.
Sous le faisceau de l’unique projecteur, un étrange acteur se glisse sur scène avec malice. Au milieu des flots, sur sa pierre givrée, un rond de lumière blanche sur le ventre, le petit lutin brun s’agite à nouveau. Un coup de bec, une courbette, un coup d’aile, un courant d’air et le voilà qui disparaît. Pour comprendre, enfilez vos scaphandres…

Découvrez la suite du dossier sur le cincle plongeur.

Couverture de La Salamandre n°166

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 166
Février - Mars 2005
Article N° complet

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