Les uns et les autres

Le blaireau aux horaires réguliers et le renard aux sorties impromptues se croisent rarement. Leurs habitudes semblent suffisamment différentes pour qu’ils puissent voisiner sans grabuge. / © Jacques Rime

Renards et blaireaux partagent parfois les mêmes terriers avec chacun ses heures et ses petites habitudes. Qui veut assister à leur rencontre devra veiller tard et souvent.

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Ce soir, en montant au terrier, je rencontre le paysan. On bavarde un moment au chalet avec un bon café… et une petite pomme. Il voit peu de renards, quoique le terrier soit occupé. Mais il a aperçu hier trois
chevreuils. Tout va bien chez lui, la famille et la santé pas trop mal… J’arrive finalement en retard à mon rendez-vous avec les renards et les blaireaux.

Le grand soir

Un beau soleil doré lance ses rayons dans le sous-bois. Le terrier, les arbres, tout baigne à contre-jour dans une lumière vaporeuse. Des milliers de moucherons volent dans cette lumière, semblables à des étincelles. Des montées, des descentes… ils vont et viennent en brillant autant que des étoiles. Parfois un plus gros insecte passe comme un météore.
A 20 h 30, le soleil disparaît. Le rougegorge chante encore un moment, les cloches des vaches tintent joyeusement dans l’air frais du soir. Quelle paix!
J’attends. C’est magnifique d’attendre. Il y a sûrement des bêtes à l’intérieur, sous la terre. Et je suis là à espérer tranquillement qu’elles vont se montrer. Renards, ou alors blaireaux ? Ils ne sortiront pas. Ils ont peut-être tous déménagé. Non, pas d’un si beau terrier.

Renards…

A 21 h, toujours rien. Mais un peu plus tard, une tête de grand renardeau apparaît en lisière. Il a l’air très nerveux, regarde sans arrêt d’un côté et de l’autre avec des mouvements brusques de la tête. Ses oreilles bougent sans cesse. Un deuxième sort d’un trou en face de lui. Ils se dévisagent, observent longuement les alentours puis commencent à jouer, bientôt rejoints par un troisième.

... blaireaux

Plus tard, c’est un blaireau qui sort d’une bouche du talus d’« en haut ». Il monte vers la lisière avant de rentrer dans une autre bouche. Les renardeaux jouent toujours. Tout n’est plus qu’ombre et lumière.
Trois blaireaux supplémentaires apparaissent. L’un d’entre eux est poursuivi par un renardeau qui lui tourne autour. Le blaireau n’a pas l’air de vouloir s’amuser. Il s’arrête, puis se tourne vers le petit renard qui se fige à son tour. Puis longe la lisière, toujours poursuivi par le jeune renard qui sautille d’un côté et de l’autre, le dépasse et l’attend sur le talus.
Les deux autres renardeaux filent dans le pâturage et font fête à un grand renard de retour. Est-ce le mâle ? Il reste assis, stoïque sous les assauts des petits, puis tous disparaissent au loin.

Rideau !

Je veille encore un moment, puis, en partant, m’attarde longtemps dans le pâturage. Je vois l’ombre de la terre dans le ciel transparent, devine le chalet dans les dernières lueurs du couchant. Mars se lève à côté du Scorpion.
Il y aurait tellement d’images à dessiner, rien que d’une belle soirée comme celle-ci. Parfois, je me sens bien démuni devant ce que m’offre la nature…

La suite de notre dossier le grand terrier.

Découvez notre dossier complet sur le renard.

Couverture de La Salamandre n°167

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 167
Avril - Mai 2005
Article N° complet

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