Les Pyrénées, refuge du gypaète

© PACT-andorra et Gouvernement d’Andorra (webcam)

Débutons notre voyage entre Béarn et Ariège, dans le massif franco-espagnol des Pyrénées. Là-bas, le gypaète n’a jamais disparu. Interview.

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Depuis quand vous consacrez-vous à la conservation du gypaète dans les Pyrénées ?

Vingt-cinq ans ! En 1994, j’ai été embauchée pour un programme de conservation de la grande faune pyrénéenne : ours, bouquetins et gypaètes.

Comme l’ours, le casseur d’os n’a jamais disparu des Pyrénées. Quel est donc le secret de cette montagne ?

C’est vrai, le gypaète n’a pas subi ici la diabolisation extraordinaire qui a causé sa disparition dans les Alpes. Côté espagnol par exemple, il a toujours été respecté et considéré comme inoffensif. Ses mœurs charognardes étaient bien connues des bergers de l’autre côté de la frontière. Cela a sûrement joué en sa faveur.

Personne n’en voulait à ce grand rapace rôdant au-dessus des troupeaux ?

Les Pyrénées, un des derniers refuge du gypaète barbu en France

© Emile Sèchaud / Biosphoto

Ce n’est pas si simple. Comme tous les rapaces, le gypaète était victime de tirs. Et de façon secondaire et collatérale, il a souffert des empoisonnements destinés aux carnivores. Enfin, les collectionneurs d’œufs n’ont pas épargné les Pyrénées au XIXe siècle, après avoir pillé les Alpes. Malgré tout, un préfet local a déclaré les vautours utiles à l’agriculture dès 1910 !

J’ai vu un jeune gypaète larguer un os à 20 cm de la tête d’un vautour fauve qui venait de tenter de le lui dérober.

Et maintenant, comment va le casseur d’os ?

Mieux. Au milieu des années 1980, il ne restait que 40 couples dans tout le massif. Actuellement, ils sont quatre fois plus nombreux et les trois quarts se trouvent sur le versant espagnol. Côté français, nous avons dénombré 42 à 44 couples en 2018. Hélas, la météo du printemps a été catastrophique pour la reproduction et ils n’ont produit que 13 jeunes. Parmi eux, deux sont morts peu après leur envol.

A part ces aléas naturels, quelles sont les menaces dans votre région ?

Nous étudions particulièrement les risques de collision avec les lignes à haute tension et les câbles. Les vallées pyrénéennes sont très exploitées pour l’hydroélectricité. Nos stations de ski sont heureusement moins imposantes que celles des Alpes. Nous ne négligeons pas le risque d’empoisonnement car les vautours fauves, accusés à tort de devenir prédateurs, ont mauvaise presse depuis quelques années. Nous constatons aussi des cas de saturnisme au plomb.

Du travail en perspective…

Oui. Outre ces menaces, nous déplorons l’augmentation des dérangements. Sports en tout genre, chasse, écobuage et surtout recours à l’hélicoptère pour des raisons militaires, de sécurité, de loisirs ou encore d’entretien des barrages. Quelque 20 % des échecs de reproduction du gypaète dans les Pyrénées sont ainsi dus à une perturbation humaine directe.

Mais la population augmente malgré tout...

Oui, nous vivons une phase de recolonisation vers l’est, atteignant désormais les Pyrénées audoises. Sans réintroduction, et au moyen d’un dense réseau de placettes de nourrissage hivernal, la moitié orientale du massif a été reconquise. Au cœur du parc national, les oiseaux se reproduisent bien, davantage même qu’en Espagne. En revanche, nous regrettons l’effritement des effectifs à l’ouest, au Pays basque, où l’altitude est moindre et la densité humaine plus importante.

Le gypaète n’est pas migrateur. Les oiseaux pyrénéens sont-ils isolés ?

Non, des échanges existent entre massifs. Nous avons observé des oiseaux andalous en dispersion jusque dans les Pyrénées avant qu’ils retournent chez eux. Et puis des gypaètes réintroduits dans les Causses sont venus chez nous et sont restés sur place en compagnie des oiseaux locaux. Cette capacité de dispersion est essentielle à notre objectif international qui consiste à reconnecter entre eux les massifs européens.

Drame illico

Dans les Pyrénées, les deux tiers des dérangements directs subis par les gypaètes en période de reproduction sont causés par des vols en hélicoptère. Le taux de reproduction de l’espèce dans ce massif est inférieur à celui constaté dans la nouvelle population des Alpes.

Observez la nidification du gypaète grâces aux superbes webcams au nid du gypaète en Andorre.

La suite du dossier sur le gypaète barbu.

Découvrez les épreuves que le gypaète doit traverser pour survivre et se reproduire dans notre nouveau film La fabuleuse histoire du gypaète.

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Couverture de La Salamandre n°249

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 249
Décembre 2018 - Janvier 2019
Article N° complet

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