Les enfants sont nos alliés pour la nature !

Les enfants, des alliés de la nature selon Julien Perrot. / © Fotolia

Il y a 35 ans, un garçon de 11 ans s’est donné pour mission de faire connaître, aimer et respecter la nature en créant un petit journal. Aujourd’hui, La Salamandre a grandi, compte deux revues jeunesse et est même devenue une maison d’édition. A l’heure de souffler les bougies, rencontre avec son fondateur Julien Perrot.

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Pourquoi l’engagement de La Salamandre est-il plus que jamais d’actualité ?

Quand j’avais 11 ans, j’ai vu disparaître des marais, des haies, des bosquets. Il y a eu la catastrophe de Tchernobyl et celle de la Schweizerhalle qui a pollué le Rhin. A l’époque, on parlait aussi de la mort des forêts, de nos forêts ! Gamin, ces événements m’ont beaucoup marqué et j’ai voulu faire ma part en créant La Salamandre. Trente-cinq ans plus tard, je constate que les prises de conscience et les initiatives positives se multiplient, mais en face le rouleau compresseur n’a jamais été aussi puissant. Sans compter les changements globaux à l’échelle de notre planète. Il est donc urgent de protéger la nature, sinon nous finirons comme les dinosaures.

Comment La Salamandre incite-t-elle le public à s’intéresser à l’environnement ?

Nous sommes un média d’information, mais nous communiquons beaucoup avec nos émotions. Nous racontons des histoires, nous mijotons nos mises en page avec tout notre cœur. Je crois qu’ainsi, nous parvenons à toucher non seulement les lecteurs qui s’intéressent déjà à la nature, mais surtout des personnes qui la découvrent et qui, petit à petit, prennent conscience de sa beauté et de sa valeur. Nous essayons de délivrer un message positif à travers des exemples d’actions de particuliers ou de collectivités en faveur de l’environnement. Ce n’est pas tous les jours facile compte tenu de l’actualité parfois angoissante, mais l’état d’esprit de La Salamandre est de dire : « Le monde dans lequel nous vivons est le nôtre, alors retroussons nos manches ».

Ce sont nos enfants qui détiennent l’avenir de la planète. Que faites-vous pour les sensibiliser ?

Cette question me choque, car j’entends cette phrase depuis que je suis gamin. C’est une excellente excuse pour justifier l’inaction d’une génération de plus. Le monde de demain dépend des adultes qui décident aujourd’hui. Après évidemment, il faut sensibiliser les enfants. C’est pour cela qu’en plus de notre magazine adulte, nous avons développé deux revues destinées aux jeunes, la Petite Salamandre et Salamandre Junior ainsi que des productions digitales et des livres. Un enfant va toujours s’émerveiller devant une sauterelle ou une hirondelle, il est donc facile de l’intéresser à la nature. Et ce qui est chouette, c’est qu’il va ensuite tirer ses parents par la manche pour aller en forêt et, à force, ce sont eux qui vont s’intéresser à ces questions. Lorsque nous arrivons à entrer ainsi dans une famille, c’est une très belle victoire. Les enfants sont nos alliés pour sensibiliser les adultes et protéger la nature.

La Salamandre compte notamment sur l’école pour contribuer à cet éveil écologique. Dans quelle mesure ?

Cet automne, j’ai accompagné ma petite cadette de 4 ans à sa première journée d’école. C’était fort ! L’école a un rôle essentiel à jouer dans la découverte du vivant et de son respect parce qu’elle permet d’atteindre tous les enfants et pas uniquement ceux qui sont issus de familles dont l’intérêt pour l’écologie est déjà prononcé. Pour aider les enseignants, La Salamandre a conçu la plateforme ecole.salamandre.net. On y trouve nos deux revues enfants, des fiches pédagogiques et de nombreuses ressources : articles, vidéos, sons, images et toute sorte d’activités réalisables. Tout est lié au plan d’études romand. Cette plateforme est pour l’instant destinée aux enseignants des cantons de Vaud, Genève et Fribourg, mais des discussions sont en cours avec les autres Départements de l’instruction publique.

La Salamandre a 35 ans

1983 A 11 ans, le vaudois Julien Perrot crée La Salamandre.

1985 Premier passage à la télévision du plus jeune rédacteur en chef de Suisse romande.

1998 Son diplôme en écologie et systématique en poche, Julien Perrot engage deux collègues et lance la Petite Salamandre pour les enfants.

2001 La Salamandre débarque en France.

2003 L'équipe compte 9 personnes. Pour les 20 ans de la revue, lancement du Festival Salamandre à Morges.

2004 Premier film Salamandre sur DVD.

2011 Premiers livres Salamandre en librairie.

2015 Naissance de La Petite Salamandre pour les 4-7 ans et de La Salamandre Junior pour les 8-12 ans.

2016 Julien Perrot crée la Minute Nature, une chaîne youtube.

2018 35 ans de La Salamandre. L'équipe compte 20 personnes, 15 à Neuchâtel et 5 à Toulouse.

Julien Perrot, fondateur de La Salamandre

Les programmes scolaires sont chargés. Comment faire de la place à l’écologie ?

La nature ne se résume pas aux sciences naturelles. Une forêt est un super canal pour enseigner les maths ou l’allemand. On touche davantage les élèves en plein air, car on mobilise leurs sens et leurs émotions. Cela peut aider certains enfants en difficultés scolaires. Je ne dis pas que tous les cours peuvent être donnés dehors, mais on peut déjà faire beaucoup en une demi-journée par semaine et cela ne doit pas être réservé à l’école enfantine. Regardez ce qu’il se passe dans les pays scandinaves ou en Allemagne. Les résultats sont spectaculaires. A ce sujet, nous allons sortir cette fin d’année le livre « L’Ecole à ciel ouvert », un véritable manuel d’enseignement en plein air plein de pistes et de conseils pour donner l’envie et les moyens d’enseigner dehors.

Du 26 au 28 octobre aura lieu le 16e Festival Salamandre à Morges. Le thème cette année sera « Mission nature ». Quelles surprises nous réservez-vous ?

Pour la première fois, nous organisons une journée pédagogique, dont bénéficieront environ 1000 élèves de Morges et environs. Quant au thème « Mission nature », il est très important. S’émerveiller pour la nature c’est bien, mais il faut aussi agir. Le festival présente notamment un labo découvertes où sont proposées des activités interactives pour adultes et enfants. Nous avons aussi une riche programmation de films liés aux changements à opérer d’urgence dans notre société. Enfin, une grande exposition présentera les œuvres que dix peintres animaliers ont réalisées ce printemps, lors d’une résidence d’artistes dans une très belle forêt riche en salamandres.

La salamandre, votre animal totem, sera donc à l’honneur. Pourquoi l’avoir choisie pour incarner vos valeurs ?

A cause d’une rencontre qui m’a beaucoup touché. Un soir, alors que j’avais 10 ans, je me baladais seul à la forêt, sous la pluie, avec une lampe de poche, mes bottes et mon ciré. Soudain, je me suis retrouvé nez à nez avec une salamandre. C’était incroyable. Un animal aux couleurs saisissantes : noir et jaune. On aurait dit un petit dinosaure en plastique. Puis, quelques mois plus tard, j’ai eu la chance de voir une maman salamandre donner naissance à ses petits. Alors je me suis dit : « mon journal s’appellera La Salamandre ». Je ne regrette pas, car cet animal est doté d’une forte charge symbolique dans toutes les civilisations. De plus, il appartient au groupe le plus menacé à l’échelle de la planète : les amphibiens. Pour moi, la salamandre est une ambassadrice de cette nature malmenée qui nous crie: « stop, arrêtez vos bêtises ».

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