Wanted bandit masqué

Les lérots vivent en petits groupes familiaux de 5 à 15 individus. A proximité de l’homme, les densités peuvent atteindre 30 à 60 lérots par hectare. En forêt, ils sont rarement plus de 10 sur une surface équivalente. / © Jean Chevalier

Les lérots aiment les cailloux, les buissons, les arbres et la montagne. Il y a tout cela à côté de chez vous ? Alors attendez-vous à recevoir une petite visite…

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Tchc tchc tchc tchc. Ksiiiiii ksiiiii. Tsiouuu tsiouuu tsiouuu tsiouuuu. Tsiii rrrr rrrr… Comment transcrire en mots les vocalises du lérot ? Cela ressemble à des chuintements, à des toussotements, aux cris d’alarme de la mésange ou de la musaraigne. Si des cris bizarres et des cavalcades effrénées vous réveillent la nuit et que, grâce aux crottes, vous avez pu exclure la présence de fouines ou de souris, il n’y a pas trente-six mille explications : des lérots ont peut-être adopté les lieux.

Ses repaires

Le lérot est un bandit qui ne se contente pas de faire du bruit. Lui et sa bande font facilement les quatre cents coups dans l’isolation de la toiture ou le garde-manger. Ça gratte un peu, mais ça tient bon chaud, la laine de verre. On peut y creuser son nid, y élever ses petits, y passer l’hiver sans souci…
Quand, en plus, il y a des cageots de pommes et de noix à l’étage du bas ou, mieux encore, un jambon sec suspendu à la poutraison, c’est carrément le paradis. L’animal a un faible pour la viande. En captivité, il préfère toujours le lardon à la noisette, la rondelle de saucisson à la tranche de pain sec.

Ses festins

Dans la nature, le menu du lérot est principalement composé d’invertébrés : chenilles, coléoptères, araignées, escargots. Il rend aussi visite aux nids de passereaux pour en piller le contenu : œufs, oisillons, et mère couveuse comprise. Il aime le miel, et se rue sur les bourgeons et les fruits secs ou charnus quand la saison s’y prête.
Contrairement aux loirs, qui quittent rarement le couvert des arbres, les lérots sont très à l’aise sur le plancher des vaches. Leur témérité les encourage à arpenter les vignes et les vergers en espaliers. Leurs frasques leur valent parfois le courroux des agriculteurs.

Son amour des pierres

Les lérots s’approchent volontiers des hommes, mais ils ne s’installent pas n’importe où. Ces rongeurs aiment la caillasse ! Ils n’apprécient rien tant qu’un petit pierrier tranquille et bien exposé, avec ce qu’il faut de buissons, de haies ou de vergers à proximité. Ils se plaisent aussi au cœur des forêts sèches, hêtraies ou pinèdes, pour autant qu’il y ait de la lumière, des rochers, du bois mort et des cavités.
En Suisse, de telles exigences confinent le lérot presque exclusivement en montagne, surtout entre 800 et 1’600 m d’altitude. Sur le Plateau, l’espèce n’a plus été signalée depuis plusieurs années. En France par contre, elle se rencontre aussi à basse altitude, mais sa répartition y est plus sporadique qu’en montagne. Le lérot est particulièrement abondant en zone méditerranéenne, et même dans le désert de la Crau. Là-bas, ce ne sont pas les cailloux qui manquent.

Wanted lérot, le bandit masqué - La Salamandre

© Christian König

une ou quatre espèces ?

Elyomis quercinus, c’est jusqu’à ce jour le nom scientifique des lérots. Un seul genre, une seule espèce européenne. Pour l’instant du moins. Les biologistes ont en effet découvert qu’il existait en Europe 4 groupes de lérots différents du point de vue génétique. Alors que l’homme a toujours le même nombre de chromosomes, à savoir 46, le lérot est, avec la souris, l’un des seuls rongeurs d’Europe à se permettre des fantaisies en la matière. Il peut en effet avoir 48, 50, 52 ou 54 chromosomes selon qu’il vit en Espagne, en Italie, au nord ou au sud de l’arc alpin.
Au cours des derniers millions d’années, les populations de lérot se sont retrouvées isolées géographiquement, suite aux glaciations qui ont bouleversé le climat de notre continent. « Chaque groupe a évolué indépendamment et a subi des réarrangements chromosomiques différents. Ces nuances paraissent minimes, mais elles peuvent changer complètement le comportement des animaux. Ce phénomène est connu chez la souris, et il est probable que les lérots réagissent de la même façon », explique Johan Michaux, chercheur aux Universités de Liège et de Montpellier. Et de s’enthousiasmer : « L’étude du lérot est passionnante : elle nous permet de comprendre comment une espèce se crée, comment elle s’adapte à un nouvel environnement. » Alors, à quand quatre espèces de lérots ?

Découvrez la suite de notre dossier Les rongeurs perchés.

Couverture de La Salamandre n°169

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 169
Août - Septembre 2005
Article N° complet

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