Le jour du retour

Enfin la liberté! Le premier lâcher de bouquetins de tout l'arc alpin a eu lieu dans les Alpes Saint-Galloises. / © Arnaud Fréminet

Printemps 1911. Ils sont cinq. Ce sont les premiers et dans quelques minutes vont s’ouvrir leurs caisses de bois. Avec eux commence la renaissance du bouquetin.

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En Suisse orientale, les responsables du parc Peter und Paul préparent le premier lâcher de bouquetin pure souche de tout l’arc alpin. Pour souligner le rôle clé joué par cette institution saint-galloise, les autorités helvétiques choisissent un site de réintroduction non loin de là : les Graue Hörner ou Cornes Grises. Les cinq élus sont âgés d’un, deux ou trois ans : ce sont les premiers bouquetins nés en captivité. Après de nombreuses tentatives infructueuses, l’élevage de ces animaux sauvages est enfin au point. Pour limiter la dépendance envers l’homme d’individus promis à une vie sauvage, on ne les a jamais manipulés et on a laissé leurs mères les allaiter naturellement.
Le matin du 8 mai, des hommes robustes transportent les cinq lourdes caisses en bois avec les deux mâles et les trois femelles sélectionnés. Une foule de journalistes, de naturalistes et de curieux escorte ce convoi historique. Bientôt, tout ce petit monde arrive au Rappenloch, un alpage situé au-dessus du hameau de Weisstannen. Les ongulés s’agitent dans leurs cages. Ils sentent pour la première fois l’air pur de l’alpe ! Parvenue à une altitude de 1700 m, la caravane s’arrête devant un enclos qui jouxte une petite cabane. Puis on ouvre les caisses… Les jeunes bêtes font leurs premiers pas à la montagne, pour l’instant à l’intérieur de la clôture installée pour eux.
Le lendemain déjà, les cinq animaux sautent par-dessus le treillis et gagnent eux-mêmes leur liberté. Le 18 juin de la même année, une des femelles, gestante au moment du lâcher, met au monde un premier cabri. Désormais, plus rien n’arrêtera le grand retour du bouquetin des Alpes-Maritimes jusqu’en Slovénie.

Pur-sang italiens

Quelques premières tentatives d’élevage et de réintroduction ont lieu au XIXe siècle en Suisse et en Autriche. Vu la grande difficulté à se procurer des pur-sang, on relâche des hybrides avec des chèvres domestiques. Résultat ? Echec sur toute la ligne. Les étagnes mettent bas trop tôt dans l’année et les bâtards meurent tous de faim et de froid.
Au XXe siècle, les jardins d’acclimatation suisses Peter und Paul à Saint-Gall et Harder à Interlaken arrivent pour la première fois à élever des bouquetins pure souche provenant des réserves royales du Grand Paradis. Grâce à de nombreux lâchers, l’espèce recolonise peu à peu les Alpes helvétiques. Le bon développement de certaines colonies permet ensuite de recapturer des ibex et de les revendre à d’autres pays. La Suisse devient ainsi le principal fournisseur de bouquetins des Alpes… Slovénie, Autriche, Allemagne, France et même finalement l’Italie achètent des animaux pour les relâcher dans leurs montagnes. Hormis les possibles rescapés de la Vanoise, tous les bouquetins descendent de la population du Grand Paradis.

Couverture de La Salamandre n°225

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 225
Décembre 2014 - Janvier 2015
Article N° complet

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