Le petit épargnant

L’écureuil manipule habilement les fruits entre ses pattes. Comme les primates, il est soit gaucher, soit droitier. / © Vincent Munier

Ce n'est pas une légende : l’écureuil épargne bel et bien. En vue de l’hiver, il amasse quantité de provisions, mais n’en est jamais le seul bénéficiaire : des voleurs rôdent.

Avatar de Aino Adriaens
- Mis à jour le
Article d'origine par

Cette fois, la forêt a viré au roux foncé. Il pleut des feuilles mortes. Une pluie élégante, délicate, légère, dont chaque goutte de papier vélin semble retenue par un fil invisible. Déjà des paquets craquants s’amoncellent dans les ornières, des paquets mouillés qui exhalent l’odeur de la forêt tout entière. Une forêt qui grince. Une forêt qui se moque, qui crie à l’hiver qu’elle est prête. Qu’il peut venir.

Le trésor caché de l'écureuil

Les oiseaux se sont tus. Ceux qui devaient partir sont déjà loin. Ceux qui restent s’affairent, s’empiffrent. L’écureuil s’est épaissi. Il a enfilé sa doudoune sur une bonne couche de graisse. Il n’a plus qu’une obsession : manger et faire des réserves. On ne le voit plus qu’avec une faîne, une noisette ou une pomme de pin dans la gueule.
La forêt regorge de victuailles, mais cela ne va pas durer. Dès l’aube, le rouquin se met au travail. Il emporte, cache et enfouit tout ce qu’il trouve, au sol ou en hauteur, au creux d’un arbre ou d’une racine. D’un coup de dent ou de museau, il cale les fruits dans leur cachette et les recouvre de feuilles mortes. Comme un voleur, il est toujours sur le qui-vive et déguerpit avec son butin à la moindre alerte.

Cachette repérée

Prudent, l’écureuil multiplie les cachettes. Une châtaigne par-ci, trois noisettes par-là, un tas de champignons là-haut. Son territoire en est truffé. Pour retrouver ses trésors, il devra compter sur sa bonne mémoire visuelle. Et sur son odorat : un sens aiguisé à l’extrême, puisque l’animal est capable de flairer une pomme de pin enfouie sous 30 cm de neige. L’hiver venu, l’écureuil n’hésitera pas à faire siennes les provisions de ses congénères, qui le lui rendent bien. Une façon comme une autre d’entretenir des relations de bon voisinage.

Voleur volé

D’autres habitants de la forêt profitent des réserves de l’écureuil. A commencer par les oiseaux, geais, pics ou mésanges, qui surveillent les allées et venues du petit épargnant. Des bêtes à poil aussi, mulots, renards et sangliers, se remplissent la panse à ses dépens. Même les arbres de la forêt en tirent parti, car au printemps, de jeunes chênes ou de petits noisetiers surgiront des cachettes oubliées.

Casse-noisette

Pourquoi l'écureuil fait-il des stocks de nourriture? - La Salamandre

© Gilbert Hayoz

L’écureuil a la dent dure. Avant chaque coup, il inspecte et soupèse le fruit en le faisant pivoter entre ses doigts. Il le jette s’il lui paraît trop léger : inutile en effet de perdre son temps et son énergie sur une coque vide. Si le verdict est positif, l’écureuil tient fermement la noisette entre ses deux mains, pointe tournée vers le haut, et ronge au sommet un petit trou en forme de sillon, juste assez grand pour y insérer ses incisives. Un habile mouvement de levier suffit alors à faire éclater la coque en deux parties.

Couverture de La Salamandre n°164

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 164
Octobre - Novembre 2004
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir