Le papa de Chochote

Jean-Luc Dessolin

Comment se passe le suivi et la protection des cigognes noires? Entretien avec Jean-Luc Dessolin, un forestier passionné par le discret oiseau.

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Jean-Luc Dessolin, vous êtes un forestier passionné par la cigogne noire depuis 30 ans. C’est votre oiseau totem ?

En quelque sorte. A partir de 1990, j’ai participé au suivi scientifique des premiers couples réinstallés en Bourgogne et en Champagne-Ardenne. J’avais de l’expérience avec les milans royaux et les buses. Quelle émotion d’être perché dans leur nid à dix mètres de haut ! Depuis une quinzaine d’années, je travaille dans le Jura et fréquente régulièrement la forêt de Chaux. J’ai observé de nombreuses fois la bête en forêt sans savoir si c’était un individu de passage ou une résidente secrète. Puis mes collègues forestiers m’en ont signalé de plus en plus souvent. Mais aucun nid n’avait jamais été trouvé.

Jusqu’en 2012…

Cette été-là, nous avons suivi la piste d’un tout jeune cigogneau qui nous a menés droit au nid. En 2013, nous avons pu suivre la nidification. En 2015, le couple s’est installé dans un second site à 3,5 km du premier.

Les mêmes oiseaux, vous en êtes sûr ?

Oui grâce au numéro de bague CH13 déchiffré par Jean-Philippe Paul lors d’un affût. J’ai alors réalisé que je connaissais personnellement cet oiseau. Je l’ai bagué alors que ce n’était encore qu’un poussin le 4 juin 2005 en Bourgogne, à 100 km d’ici. Il n’avait jamais été signalé depuis. C’est comme si cette cigogne m’avait suivi dans le Jura pour m’offrir la découverte dont je rêvais tant. Chochote, c’est son surnom, a aujourd’hui 11 ans. Pour la petite histoire, son frère ou sa sœur dont on ignore le sexe niche en Allemagne.

Cet oiseau qui vous a suivi, vous le protégez ?

Oh oui ! En tant que forestier, j’ai organisé avec mes collègues la protection des arbres qui portent les deux nids et nous faisons en sorte qu’aucun chantier n’ait lieu dans le secteur tant que les cigognes sont là. Les interventions qui ne peuvent être repoussées ne sont autorisées qu’après le 14 juillet, quand la famille a quitté les lieux.

Pour en savoir plus sur le mode de vie de la cigogne noire, lisez le récit de notre rédacteur Jean-Philippe Paul.

Couverture de La Salamandre n°233

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 233
Avril - Mai 2016
N° complet

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