L’alliance tourmentée

Chevreuil / © Fabrice Cahez

L’homme et le chevreuil cohabitent depuis des millénaires. Heurs et malheurs d’une liaison dangereuse.

Avatar de Alessandro Staehli
- Mis à jour le
Article d'origine par

Rare, le chevreuil ? Difficile à imaginer de nos jours, quand plus de 15 millions de têtes peuplent le continent européen. Pourtant, cet ongulé presque omniprésent dans les forêts domaniales, les bosquets ou le bocage a connu des périodes moins florissantes. C’est au pléistocène, il y a environ 1 million d’années, que le premier Capreolus serait apparu, en même temps que les ancêtres d’Homo sapiens. Entre les glaciations, d’immenses forêts couvrent les terres émergées. Amoureux des lisières et des sous-bois riches, le chevreuil ne peut toutefois pas s’épanouir totalement dans des boisements aussi fermés.

Un allié providentiel mais à la fois dangereux change la donne il y a 5'000 ans. L’homme néolithique se sédentarise et commence à déboiser pour gagner des surfaces cultivables et élever du bétail. Une bénédiction pour le chevreuil qui progresse rapidement dans un nouveau paysage semi-ouvert. Quelques milliers d’années plus tard, au Moyen Age, il est désormais largement répandu. Bien sûr, rois et seigneurs le chassent pour sa chair délicate mais la pression sur l’espèce reste limitée.

© Breuer Wildlife / Biosphoto

Liberté, Egalité, Fraternité. Et mort au gibier ! La Révolution française signe la fin de la monarchie absolue et démocratise également la pratique de la chasse dans l’Europe entière. Malgré une réglementation par permis mise en place sous Napoléon Ier, le peuple extermine le gibier dans de nombreuses régions. En Suisse également, l’ongulé devient très rare dans les années 1860. Heureusement, la tendance s’inverse au XXe siècle. Des lâchers dans plusieurs cantons et plus de 60 départements français ainsi que l’établissement de plans de chasse permettent le rétablissement de l’animal sur tout le continent. Jamais sans doute il n’a été aussi abondant qu’aujourd’hui.

© Sven Zacek / NPL

Nouvelles terres

Le chevreuil est un casanier qui ne parcourt que 3 à 4 km par jour. Mais lorsque la densité de population augmente, les jeunes sont obligés de quitter leurs terres natales. Si les conditions sont favorables, cet herbivore élargit sa répartition au rythme tranquille de 6 km par an. Pas besoin d’aller plus loin! Mais à défaut de bon territoire disponible, la population peut s’étendre annuellement de 36 km. Un pouvoir de colonisation 20 fois supérieur à celui du cerf.

Le chevreuil et l'homme, une alliance tourmentée - La Salamandre

© Laurent Geslin / NPL

Bonds olympiques

Train postérieur plus haut que l’antérieur, cuisses arrière musclées et cou élancé : le chevreuil est parfaitement taillé pour bondir. Lancé en pleine course, il est capable d’effectuer des sauts jusqu’à 6 m de long. A l’arrêt, il peut franchir des obstacles de 1,8 m de haut.

© Fabrice Cahez
Le chevreuil et l'homme, une alliance tourmentée - La Salamandre nage harde

© Fabrice Cahez

Comme un Sioux

Inarrêtable, le chevreuil franchit à la nage estuaires, fleuves, rivières ou canaux. Plusieurs vidéos témoignent de ses traversées du Rhône. D’après le naturaliste genevois Robert Hainard, il nage même 8 km pour rejoindre des îles ou franchir des bras de mer. Malin, il marcherait dans le lit des ruisseaux pour que les chiens de chasse perdent sa trace.

Retrouvez tous les articles du dossier : Le chevreuil sort du bois.

Couverture de La Salamandre n°239

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 239
Avril - Mai 2017
Article N° complet

Articles sur le même sujet

Réagir