Le chantier des blaireaux

Les terriers du blaireau sont généralement creusés au flanc d’un ravin ou d’un coteau boisé. Les plus grands compteraient plus de quarante bouches. La chambre principale est garnie d’une abondante litière. Quant aux galeries, elles peuvent communiquer sur plusieurs étages par des puits. / © Jacques Rime

Toboggans de terre, tas de pierres, galeries et chambres secrètes… L’antre souterrain des terrassiers de la nuit s’agrandit de génération en génération.

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dessin de Rouge-gorge familier

© Jacques Rime

« Quand j’étais gosse, j’allais avec un copain à un grand terrier au-dessus du village. On essayait de braconner les blaireaux avec un vieux parabellum. On faisait plus de bruit que de mal. On est toujours rentrés bredouilles : le pistolet devait être mal réglé. De toute façon, depuis le temps, ce terrier n’existe sûrement plus », m’a dit un vieil ami.
Il est toujours là, le grand terrier, creusé à la lisière ouest de la petite forêt, au pied des hêtres gris et des sapins. Bien plus vieux que nos arrière-grands-pères, il nous survivra longtemps s’il échappe aux machinations des hommes.

dessin de Bourdon terrestre

© Jacques Rime

Excavations

Extraordinaire travail ! Devant les trous s’accumulent d’immenses tas de terre sortie depuis des générations par le blaireau, maître d’œuvre, artisan et concierge du terrier. Inlassablement, le blaireau creuse, aménage et entretient son logis. Il ouvre de nouvelles gueules, fore de nouvelles galeries et de nouvelles chambres. Le sol est complètement miné par ces excavations et il arrive souvent que des entrées et des couloirs s’effondrent ou qu’un grand arbre déraciné s’écroule.

dessin de Crapaud commun

© Jacques Rime

Gouttières

En faisant ses travaux, le blaireau creuse devant les bouches de la tanière des gouttières au bout desquelles s’étalent dans la pente des cônes de déblais frais de terre, cailloux, branchettes et vieille litière, signes de sa présence. Autres signes frais, les petits pots, ses latrines, creusées à l’écart, où il dépose ses besoins nocturnes et naturels.

dessin de blaireau

© Jacques Rime

L’ingénieur

Bien sûr, l’habitant principal du terrier est le blaireau. Un portrait de lui en noir et blanc suffit. Deux rubans de tissu noir descendent des oreilles finement liserées de blanc vers les yeux en amande et presque jusqu’au museau. Entre les deux, du front à la truffe, un large galon blanc, et de chaque côté de la tête, deux belles joues claires qui partent en éventail vers le cou. L’infatigable terrassier porte sur le dos un gros manteau de rude étoffe gris clair qui jaunit un peu avec l’âge. Puis, sur le bas et jusqu’aux pattes griffues, un tablier anthracite terminé par une queue claire, courte et ébouriffée.
Le blaireau habite le terrier en famille, en couple avec ou sans petits, quelquefois entouré de tantes ou d’oncles adultes. A deux, à quatre, cinq frères et sœurs, cousins, amis, et parfois avec un gros mâle solitaire, vieux garçon qui fait seulement ce qui lui plaît.

dessin de renard roux

© Jacques Rime

L’ingénieux

Et le renard ? C’est le poète du coin. Un peu voleur, il squatte le grand terrier, s’y installe sans vergogne pour ses amours, sa famille, ses petits, ses jeux, siestes et retraites. On lui pardonne : il est tellement beau !
Pour son portrait, il faut de la couleur, beaucoup de couleurs. Avec ses grandes oreilles pointues, orange, dorées, blanches, ourlées de velours noir, et son large front brun, Goupil porte un masque sombre pour qu’on ne le reconnaisse pas, un pli en dessus des yeux et un larmier en dessous pour se donner un air faussement triste. Un long museau pointu, roux et blanc, une petite truffe brillante, de grandes moustaches noires… Et surtout le trait d’encre des lèvres qui dessine sur ses joues blanches le sourire narquois du filou maître de ses desseins.
Pour la silhouette, du bout du museau au petit pompon blanc de la queue, ce n’est qu’une ligne tirée, tendue. Et sa fourrure épaisse se pare de toutes les couleurs, roux, ocre, miel, brun chiné de gris, de noir et d’argent au poitrail et au ventre.
Lorsque le renard léger, rapide et souple comme un chat trotte, court, saute sur ses pattes rousses bottées de noir, il semble ne pas toucher terre. Et quand il s’arrête là, tout près de nous, qu’il nous regarde avec ses beaux yeux d’ambre, on est envoûté, sous le charme. On a le cœur qui bat fort tant son regard est profond, malicieux et sauvage.

dessin de chouette hulotte

© Jacques Rime

Les voisins

Et les autres ? Ceux qu’on aperçoit lors des affûts, bien sûr. Un mulot, un campagnol qui ne font que passer. Un crapaud ou une grenouille rousse un soir de pluie. Un bourdon velu, une guêpe, une étincelante libellule et un gros moustique qui brille au soleil.
A la tombée de la nuit, le rougegorge tire ses dernières révérences, le merle lance ses cris sévères, la chouette hulotte parfois nous regarde avec ses grands yeux noirs et, juste entre les arbres, se glisse l’ombre capricieuse d’une chauve-souris.
Deux chevreuils, un lièvre et enfin, à la belle saison, chaque soir après la traite, les visites en lisière des vaches et du beau cheval qui frotte son encolure contre le tronc du vieux sapin.

La suite de notre dossier le grand terrier.

Apprenez tout sur le renard!

Couverture de La Salamandre n°167

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 167
Avril - Mai 2005
Article N° complet

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