La carte du déclin

Cette cistude émerge de l'étang. / © Stéphane Gautier

Vous êtes une cistude, qu'elle chance! Vraiment? Nul bipède ne songe plus à manger les cistudes en effet. N’empêche que vous avez quand même disparu de Suisse et d’une grande partie de la France.

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Cistude, qui aujourd’hui connaît votre nom ou même votre existence ? Pas grand monde à vrai dire. Au Moyen Age pourtant, vous étiez une gourmandise recherchée que l’on négociait vivante sur l’étal des marchés. Votre talent pour survivre des mois sans boire ni manger faisait de vous une boîte de conserve très pratique sur les bateaux. Et puis, l’Eglise ayant rangé les cistudes parmi les poissons au même titre que le castor (pour en savoir plus sur ce dernier: Le roman du bièvre), on avait le droit de vous manger les jours de carême interdits de viande. Comme vous êtes facile à piéger, cet engouement culinaire vous a porté un rude coup.

Comme peau de chagrin

Puis, entre le XVe et le XVIIIe siècle, le Petit Age glaciaire a sans doute précipité votre déclin dans le nord de la France et en Suisse, là où les conditions climatiques étaient les moins favorables. Enfin, le drainage généralisé des marais, l’intensification de l’agriculture, les pesticides et l’urbanisation ont fait le reste. En Suisse, quelques dernières vieilles tortues auraient été vues au début du XXe siècle en Bas-Valais. Toutes les observations ultérieures résultent de lâchers officieux. Et en France, il ne reste pour l’essentiel que six grandes populations toutes en déclin en Corse, en Camargue, dans le Var, autour de Lyon, dans le Centre, dans le Sud-Ouest et finalement entre Brenne et Sologne.

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Grâce à 2500 étangs creusés au Moyen Age pour la pisciculture, la Brenne est un véritable paradis pour la cistude.

L’Aquitaine est un des bastions français de la cistude. Hélas, le drainage des marais continue comme ailleurs et le maïs subventionné gagne sur les prairies extensives. Plus de prairies, plus de sites de ponte.

Dans les marais du Languedoc, la cistude a pratiquement disparu dans les années 1960. Probablement à cause des pesticides dont on inondait alors la région pour lutter contre les moustiques.

Dans le Var, sur le massif des Maures, on trouve des cistudes de petite taille qui ont la particularité de prospérer dans des ruisseaux temporaires. Au lieu d’hiberner, elles survivent à la saison sèche en estivant sous la vase. Leur principal souci ? Les incendies qui ravagent le maquis.

Au nord du fossé rhénan, un réseau de milieux humides a été renaturé pour permettre le retour de la cistude disparue du département au XIXe siècle. Des individus âgés de 6 à 7 ans y sont relâchés depuis 2014. On attend les premières reproductions sauvages pour dans 3 à 4 ans.

La cistude faisait l’objet d’un commerce très actif à l’époque romaine. Alors, certains spécialistes ont remis en cause le fait que cette espèce ait été présente de manière naturelle en Suisse. Mais des carapaces trouvées dans divers sites préhistoriques attestent de sa présence ancienne, notamment il y a 6000 ans à Vionnaz (Valais) et dans des villages lacustres de l’âge du bronze.

En 2010, un premier projet de réintroduction officiel pour la Suisse est lancé tout à l’est du Canton de Genève, dans les bois de Jussy.

Au fil du temps, l’homme a construit 33 usines électriques sur le cours de la Durance. Autrefois abondante dans les marais et les affluents qui accompagnaient la plus grande rivière de Provence, la cistude ne subsiste plus aujourd’hui qu’à un seul endroit sur un bassin-versant long de 323 kilomètres.

Depuis 1995, des cistudes sont relâchées dans des marais préalablement renaturés le long des rives du lac du Bourget, près d’Aix-les-Bains. Cette vaste initiative du Conservatoire des espaces naturels de Savoie est un succès. Et le suivi scientifique mis en place pour l’occasion est un modèle du genre qui inspire d’autres pays.

Après Genève, c’est à Neuchâtel qu’on remet des cistudes à partir de 2013. Un troisième projet sur deux sites différents devrait suivre au Tessin.

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Couverture de La Salamandre n°235

Cet article est extrait de La Salamandre
n° 235
août - septembre 2016
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