Hypothèse à dormir debout ?

Une couleuvre à collier et une coronelle lisse (autre couleuvre inoffensive) prennent un bain de soleil. Pratique nécessaire après l’hivernage pour que leur métabolisme retrouve une activité ­normale. / © Jean Chevallier

Et si c’était pour passer la mauvaise saison que les couleuvres à collier se réunissent toutes au même endroit ? Enquête au seuil de l’hiver.

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Survivre à l’hiver. Avec une cotte de mailles en écailles pour seule couverture, et sans réserve de graisse, le serpent ne tient ni de la marmotte, ni du passereau. Et sans ailes ni pattes, pas question de partir en Afrique ! Une seule solution : trouver un abri et attendre des jours meilleurs.

Bains de soleil

Les couleuvres sont actives jusqu’à fin octobre. Après, ce n’est pas tant la température extérieure qui les gêne, que le manque d’insolation. Sous nos latitudes, c’est leur principal radiateur. Si le soleil faiblit, elles ne parviennent plus à maintenir une température corporelle suffisante, soit 22 à 30 °C. Les fonctions vitales, comme digérer ou se reproduire, s’arrêtent.

Ce n’est pas le moment de rester avec un crapaud sur l’estomac. Non digéré, il risque d’y pourrir !

© Maximilian Paradiz

Jeûne hivernal

C’est donc à jeun que les animaux se mettent en quête d’un refuge à l’abri du gel : galerie de rongeur, fissure dans la roche, arbre creux, amas de végétation. Ils s’y enrouleront sur eux-mêmes pour réduire le plus possible les pertes de chaleur.

Parfois, plusieurs espèces de serpent se mélangent, les couleuvres avec les vipères. Peut-être pour lutter contre les risques de déshydratation : un groupe maintient un taux d’humidité plus élevé?

Terre d’accueil

Mais revenons à nos informatrices du Seeland (voir notre article). Qu’ont-elles fait exactement ? Elles ont toutes choisi de passer la mauvaise saison sous terre, à plusieurs dizaines de centimètres de profondeur.

L’une d’entre elles a parcouru plus d’un kilomètre pour trouver un gîte dans un bosquet. Un endroit visiblement prisé, car il a été choisi par un deuxième individu, mais dans une cache différente. Les deux suivantes ont préféré une hêtraie, toujours séparément. Dans un secteur qui, le printemps venu, est bien ensoleillé.

La cinquième s’est cachée dans un talus broussailleux. Mal lui en a pris, car l’endroit a été rasé durant l’hiver, et la dormeuse a péri écrasée sous le poids de l’engin. La sixième a trouvé refuge dans une haie. Et les deux dernières ? Elles sont mortes avant l’hiver.

Non, le rassemblement de nos couleuvres n’est pas lié à l’hivernage. Faut-il chercher la clé du mystère du côté de leur réveil printanier ? Découvrez-le avec notre article.

Vivre au ralenti

Comme tous les animaux, sauf les mammifères et les oiseaux, les serpents ont une température corporelle qui dépend de l’extérieur. Plus le reptile se refroidit, plus son métabolisme ralentit. Le cœur bat très lentement, la respiration est réduite, la digestion s’arrête. Il peut vivre quelques jours sans dommage à une température proche de 0 °C. En veilleuse, l’animal consomme très peu d’énergie et ne perd quasiment pas de poids.

Retrouvez la totalité du dossier consacré à la couleuvre à collier : Un serpent ! Sauve qui peut ?

Admirez les peintures d'Eric Alibert, ou quand l'hiver sublime la nature.

Couverture de La Salamandre n°179

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 179
Avril - Mai 2007
Article N° complet

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