Histoires gravées dans les bois

Vue sur Neuchâtel depuis le Rocher de l’Ermitage. / © Nathan Horrenberger

L’homme et la forêt sont liés depuis la nuit des temps. Balade neuchâteloise à travers les âges.

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Histoires gravées dans les bois - La Salamandre

© Nathan Horrenberger

L’horloge de la gare de Neuchâtel indique 13 h 55. Sac au dos et bonnet sur la tête, nous grimpons vers le nord, en direction des Cadolles, sous un ciel laiteux. Après avoir passé la chapelle de l’Ermitage, construite au XIXe siècle en pierre jaune d’Hauterive, le tambourinage d’un pic épeiche résonne entre les arbres comme une invitation. Laissons la ville derrière nous et pénétrons dans la forêt en compagnie d’un guide passionné.

Cadeaux de bois

Patrick Gassmann connaît bien l’histoire de cette forêt. Dendrochronologue au Laténium de Neuchâtel à la retraite, il a passé toute sa carrière à lire l’histoire des arbres dans les cernes de croissance de leur tronc. « Pendant des siècles, la chênaie que nous traversons a fourni du bois de feu et de construction. L’écorce était utilisée pour le tannage et on confectionnait des cordages avec le liber, écorce interne où circule la sève descendante. » Les porcs étaient amenés dans la forêt pour s’y nourrir de glands et de faines. Le milieu forestier offrait à l’homme une nourriture diversifiée : petits fruits, champignons, mais aussi gibier. Cette richesse facilement exploitable a sans doute favorisé l’installation d’une population sédentaire sur les rives du lac dès le néolithique moyen, il y a environ 6000 ans.

Pin sur la planche

Au XIXe siècle, la forêt a été surexploitée. Puis, l’entrée en vigueur de la Loi forestière fédérale en 1876 a mis un terme à l’affouage, ce droit qu’avaient les habitants d’exploiter le bois des parcelles publiques pour un usage domestique. « Des pins noirs d’Autriche ont été plantés pour la production de bois », précise Patrick Gassmann. Aujourd’hui, on investit du temps et de l’argent pour les éradiquer. Au contraire, les ifs bénéficient d’une campagne de reboisement. Ils étaient autrefois abattus en raison de leur toxicité pour les chevaux qui aidaient au débardage.
Le sol est couvert de feuilles mortes. Encore humides après la pluie d’hier, elles ne craquent pas sous nos pieds. Nous en profitons pour approcher discrètement un écureuil roux occupé à grignoter des faines.

Histoires gravées dans les bois - La Salamandre

© Loraliu - stock.adobe.com

Hêtre mal aimé

Au-dessus de la ville, le Service des forêts souhaite favoriser les chênes. En conséquence, il lutte contre les hêtres qui les étouffent en les privant de lumière. Les zones de régénération sont également protégées des chevreuils par des clôtures. Les plus beaux chênes sont ensuite sélectionnés au fur et à mesure de leur croissance. « La présence de cette essence ne tient donc ici qu’à l’action de l’homme », explique Patrick Gassmann.
Un petit détour permet de contempler un chêne sessile qui détient deux records. Du haut de ses 370 printemps et avec sa circonférence de près de quatre mètres, c’est à la fois le plus grand et le plus vieux chêne du canton de Neuchâtel. Impressionnant ! Les points bleus inesthétiques dont il est marqué indiquent une bonne nouvelle : cet arbre a récemment été acheté pour qu’il ne soit jamais abattu et puisse ainsi effectuer son cycle de vie complet.

Bois de construction

Nous rejoignons enfin Hauterive puis le bord du lac de Neuchâtel. A l’extérieur du Musée d’archéologie du Laténium, trois maisonnettes du néolithique moyen, comme il y a 3800 av. J.-C., ont été reconstituées. Leurs poutres de chêne proviennent de la forêt toute proche. Quelques mètres plus loin, une maison sur pilotis datant de l’âge du Bronze. Il y a environ 3000 ans, elle avait les pieds dans l’eau, au bord du lac. Ses parois sont faites de planches de chêne et de torchis.
Le ciel s’étant un peu dégagé, les Alpes se détachent au-delà de la rive sud du lac. En arrivant sur la commune de Saint-Blaise, nous repérons quelques arbres couchés dont le tronc a été taillé en pointe comme un crayon. Plus loin, une hutte. Un castor doit habiter par là. N’est-il pas, à sa façon, un gestionnaire forestier exemplaire, profitant d’une ressource abondante sans la surexploiter ?

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Branches taillées, troncs écorcés, pistes… ouvrez l’œil, des castors habitent sur ces rives.

Des centaines de grenouilles rousses viendront se reproduire en février dans cette mare forestière.

Reconstitution de maisons du néolithique.

Nettes rousses, fuligules morillons, foulques macroules, grèbes huppés et harles bièvres : en hiver, le lac de Neuchâtel abrite beaucoup d’oiseaux aquatiques.

Distance : 7 km

Dénivelé : 190 m de montée

Durée : 2h30

Variante:

Distance : 10,2 km

Dénivelé : 220 m de montée

Durée : 3h30

Votre itinéraire

  • (1) Départ de la Gare CFF de Neuchâtel, sortir côté Jura puis monter la rue du Rocher jusqu’à la Chapelle de l’Ermitage, tourner à droite puis prendre tout droit le sentier qui monte en forêt.
  • (2) Avant le grand hêtre marqué d’un trait rouge, couper dans la forêt vers le nord-ouest en longeant la vieille barrière en bois. Le plus vieux chêne du canton se situe à 100 mètres du chemin.
  • (3) Petit crochet par les Roches de l’Ermitage surplombant le Jardin botanique pour admirer la vue sur le lac et l’entrée du Val de Travers.
  • (4) Rejoindre la route goudronnée.
  • (5) Emprunter le chemin du Châble pour descendre vers le lac.
  • (6) Prendre la passerelle au-dessus de l’autoroute.
  • (7) Gare de St-Blaise Lac.

Variante

  • (9) Quitter le bord du lac pour longer la route sur 260 mètres
  • (10) Gare de Marin- Epagnier.

Accès en transports publics

Horaires sur cff.ch

Règle d’or

• Ne pas oublier ses jumelles, notamment pour observer les oiseaux au bord du lac

Manger & dormir

Restaurant Le Silex à Hauterive,

Maison d’hôtes L’Eau Forte à Saint-Blaise

© Latitude-cartagène /Contributeur de OpenStreetMap

Compléments week-end

A) Le Laténium Le plus grand musée archéologique de Suisse présente 50 000 ans d’histoire régionale. Bon plan : l’entrée au musée est gratuite tous les premiers dimanches du mois !

B) Muséum d’Histoire Naturelle de Neuchâtel La plupart des espèces d’oiseaux et de mammifères de Suisse y sont présentées, de même que des expositions temporaires d’une grande qualité.

C) Chaumont Un funiculaire au départ de La Coudre (Neuchâtel) permet de gagner 570 m d’altitude en seulement 9 minutes. La tour panoramique offre un point de vue imprenable sur tout le lac de Neuchâtel. Plusieurs possibilités de balades dans la région.

D) L'île Saint-Pierre Cette bande de terre de près de 5 km de long sur le lac de Bienne est classée comme réserve naturelle. Elle est entourée de zones marécageuses, refuge pour de nombreuses espèces d’oiseaux.

Découvrez la balade palette d'hiver au Pilat, aux portes de Lyon.
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Couverture de La Salamandre n°243

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 243
Décembre 2017 - Janvier 2018
Article N° complet

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