Heureux dans l’eau claire

© Alain Saunier

Point de cincle sans rivière. Mais encore faut-il que celle-ci puisse lui offrir gîte et couvert.

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Toutes les rivières n’ont pas le bonheur d’accueillir des cincles. Les cours d’eau à la pente négligeable, aux berges canalisées et aux fonds envasés ont peu de chances d’héberger le plongeur. Les ruisseaux torrentueux, aux eaux claires, vives et rapides, coulant entre des rives boisées, sont par contre plus appréciés. Voilà pour le décor et les clichés. Entre les deux, serpentent bon nombre de rivières qui offrent au cincle des conditions médianes encore acceptables.

Trop sec

La première paraît évidente. C’est la présence de l’eau, qui dépend bien sûr du mode d’alimentation de la rivière, mais aussi du niveau des précipitations, en particulier pendant la phase cruciale de l’installation des couples. Les années de sécheresse que nous venons de vivre ont obligé le cincle à déserter une partie de ses quartiers résidentiels habituels, tandis que les périodes de forte pluviométrie permettront la recolonisation temporaire ou permanente de secteurs moins utilisés.

Trop chiche

La seconde condition est non seulement alimentaire, mais élémentaire. Elle découle de la première et concerne la nourriture disponible. Le cincle préfère les proies évoluant dans des eaux claires et peu profondes où il aime également pouvoir se déplacer sans entrave.
En plaine, l’absence d’eau au printemps favorisera dans les petits ruisseaux l’implantation d’une forte végétation aquatique qui sera pour lui dissuasive, alors qu’un surplus d’eau nettoiera les lits des feuilles mortes et des tapis d’algues de l’automne précédent. Mais à l’inverse, un printemps trop frais freinera le développement des larves d’insectes dont il est friand. Tout est donc question d’équilibre.

Trop pollué

Le troisième point est directement de notre ressort. L’enrochement des berges, l’arrachage de la végétation des rives, la modification des débits, le surcreusement des lits, la destruction des vieux ponts obligent le cincle à aller s’installer ailleurs. A cela évidemment s’ajoutent les différentes formes de pollution qui détruisent tout ou partie de la faune aquatique. Le cincle, un oiseau de plus dont le destin est aujourd’hui entre nos mains.

Densités élastiques

Avec l’altitude, les chances de trouver une rivière à cincles augmentent.

La longueur du tronçon de rivière nécessaire à un couple de cincles dépend avant tout des qualités du cours d’eau. La pente et le débit ajoutés aux ouvrages artificiels propres à accueillir le nid constituent les atouts majeurs d’un domaine. La présence d’un sub-strat caillouteux non colmaté, la vitesse du courant et l’abondance des invertébrés aquatiques sont d‘au-tres éléments propices à l’installation de l’oiseau.
En Suisse comme en France, les régions montagneuses sont mieux loties que celles de plaine, car l’eau y est de meilleure qualité. Elle est plus froide, coule plus vite, ce qui est plus favorable au développement des larves. Les distances séparant les couples y sont souvent inférieures au kilomètre. En revanche, le cincle supporte mal l’enrésinement des rives, qui acidifie le cours d’eau et raréfie les proies.
Ces densités sont susceptibles de varier énormément. Une sécheresse persistante fait baisser le nombre de couples, car les meilleures places sont chères le long de la rivière. Un excès de précipitations aboutit au même effet en bouleversant le cours d’eau par des crues trop fréquentes.

Découvrez la suite du dossier sur le cincle plongeur.

Suivez la vie d'un cours d'eau dans notre dsossier chronique d'une rivière.

Couverture de La Salamandre n°166

Cet article est extrait de la Salamandre
n° 166
Février - Mars 2005
Article N° complet

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